Serait-ce grandeur et décadence pour cet artiste décrié ami de la jet set ? Jérôme Rudin avoue une descente aux enfers après une faillite programmée. Ses « amis » du temps de ses succès lui tournent aujourd’hui le dos. Mais il reste digne.

Avant de nous recevoir chez lui (il a définitivement quitté le Valais), il nous entraîne au restaurant le Prieuré à Pully.  Le souhait de nous montrer les affiches qui mentionnent sa prochaine exposition à la Villa Mégroz à Lutry. Dans son deux pièces-atelier, clair, lumineux et bien rangé, ses peintures mangent l’espace. Sa dépression a donné naissance à des œuvres poignantes jaillies de la souffrance comme des lumières. L’homme lui, est un peu confus, ses propos partent dans tous les sens… difficile de le suivre.

 

Jérôme Rudin, vous avez côtoyé les plus grands et les avez séduits, quel bénéfice en avez tiré ?

Sur le moment, j’ai ressenti une grande satisfaction. Avec le prince Albert de Monaco et Ivana Trump, par exemple, ce n’étaient pas des rencontres fortuites. Le prince a d’abord organisé un moment en privé puis un rendez-vous professionnel lié à mon travail d’artiste. Avec Ivana Trump nous nous sommes rencontrés au moins six fois.

Aujourd’hui, vous sortez de l’hôpital après une dépression, comment vous sentez-vous ?

Je me soigne. J’ai été hospitalisé à l’hôpital de Morges une dizaine de jours. J’y ai rencontré des gens formidables. Je suis malheureux avec moi parce que j’ai raté ma vie.

Vous avez été mis en faillite, cela vous atteint dans vos tripes ?

Oui j’ai fait une faillite personnelle et j’ai été cloué au pilori. Tout d’un coup, on n’a plus droit à rien. Je suis au social et on menace de me virer de mon logement.

Votre compagne durant des années, avocate et juge, vous soutient-elle encore ?
Non. Depuis 6 ans, nous ne sommes plus ensemble. Au décès de sa maman, alors que je me suis occupée de tout, elle m’a remercié. Tout de suite après l’ensevelissement. Pourtant je l’ai toujours aimée.

Avec le recul, vous étonnez-vous d’être tombé amoureux d’une femme de 30 ans de plus ?

Nous avions une grande complicité intellectuelle et pas que… ! Dans mon métier, j’ai toujours eu une passion pour les femmes. J’ai été souvent amoureux.

On dit que vous avez été entretenu…

Entretenu par ma compagne, vous plaisantez ?  J’allais régulièrement chez Cartier lui acheter des bijoux. Après une virée de dégustation de vins château Margaux, j’ai culpabilisé de l’avoir abandonnée pendant deux jours. En arrivant à Genève, j’ai filé chez mon ami Adler et je lui ai acheté des diamants. A l’époque, j’avais une carte gold.

Que répondez-vous aux détracteurs qui disent que « vous couchez utile » au féminin ou masculin ?

Faux. Je ne suis pas homo. C’est dommage d’ailleurs car cela me coûterait moins cher. J’ai juste fait semblant d’aimer les garçons. Il m’est arrivé de les inviter dans mon lit pour « regarder ». J’aime aussi les voir danser. La beauté me fascine, les hommes aux corps d’Apollon sont un fantasme mais je n’ai jamais couché avec un homme. Je devrais me lancer peut-être ?

Les bruits courent que vous avez des problèmes avec l’alcool, vous avez pu les résoudre ?

Je fais partie des grands buveurs mais je tente de contrôler ma consommation. 6 litres par jour ? oui ça peut m’arriver. En revanche la cocaïne, je n’y ai jamais touché !

Regrettez-vous la poudreuse de vos montagnes en Valais ?

Vous jouez avec les mots ! Ce n’est pas charitable. Et je ne peux pas la regrettez, nous sommes en plein été indien.

Personne ne conteste votre talent, pourtant vous êtes décrié, pourquoi ?

C’est une évidence, je dérange. La presse n’a pas hésité à me démolir. Je ne fais pas partie des gens bien sous tous rapports, propres sur eux. Quand on est artiste, il ne faut pas hésiter à mettre ses tripes sur la table ! Au début de ma carrière, je me suis vendu et survendu comme un produit. Je faisais mon propre marketing et ma communication.

Jérôme, profondément, quel est le mal-être qui vous ronge ?

Je suis un homme seul et je vais être seul jusqu’à la fin de ma vie. Je suis profondément triste. Je déteste la mort, je ne veux pas vieillir.  

Regrettez-vous de ne pas avoir fondé une famille ?

J’ai beaucoup aimé les petits-enfants de ma compagne. Nous avons développé de jolies complicités. Ma maman reste proche de moi, même si elle me bombarde de reproches.

Du coup, je la trouve insupportable. Cela ne m’empêche pas de m’occuper d’elle. En ce moment, j’organise son déménagement. Mon frère de 6 ans mon aîné a quant à lui, une vie stable. Au moins un enfant sur deux, bien sous tous rapports.

Comment rêvez-vous votre vie ?

Non, je n’ai pas de rêve. Si peut-être… celui de rencontrer une femme de confiance qui s’intéresse à moi et pas à mon talent.  J’ai tout abouti. Et aujourd’hui comment rebondir avec ce Covid qui nous empoisonne ? Je suis ruiné. Je pourrai être à la rue.

Pensez-vous vraiment sortir grandi de cette descente aux enfers ?

Je regrette surtout l’argent que j’ai dépensé pour la femme avec qui j’ai partagé 16 ans de ma vie. Et quand je pense que certains imaginent que c’est elle qui m’entretenait. C’était tout le contraire.

Etes-vous croyant ?

Absolument pas. Je ne crois que ce que je vois.

Mais pourtant vous citez Dieu à chaque détour de phrases…

Plus sérieusement, il est vrai que je sens que Dieu m’habite, me suit au quotidien. Quand je me perds, il est là.

Priez-vous dieu quand le ciel vous tombe sur la tête ?

Je ne compte que sur moi. Mais il m’arrive de ne plus avoir envie de vivre.

Et finalement, je préfère boire un bon petit verre.

Est-ce que vos nuits sont calmes ou agitées ?

Mes nuits sont perturbées. Je n’ai pas bien dormi. J’ai toujours des sujets de préoccupation ou d’inquiétude. Quelquefois même des angoisses.

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