Calme mais ferme, notre ministre de la Santé a, de l’avis de tous les spécialistes, parfaitement géré la crise. Ses formules ont fait tilt. Les t-shirts qu’il a inspirés, se sont arrachés. Un vrai phénomène de société.

Calme mais ferme, notre ministre de la Santé a, de l’avis de tous les spécialistes, parfaitement géré la crise. Ses formules ont fait tilt. Les t-shirts qu’il a inspirés, se sont arrachés. Un vrai phénomène de société.

Si un Suisse de l’année est désigné en 2020, nul doute qu’Alain Berset va l’emporter et haut la main. Omniprésent durant cette crise du coronavirus, du matin au soir, notre ministre de la Santé a su trouvé le ton juste pour mobiliser la population, nous appeler à être solidaire, participer à l’effort collectif, seule solution pour nous en sortir. Calme, déterminé, mais humble aussi face à un mal si insaisissable. «L’homme le plus important du pays, le capitaine sur le navire» affirmait l’émission «Mise au point». «Tous les soirs ou presque au TJ, au pic de la pandémie, nous avions comme un rendez-vous avec Berset, analyse Gianni Haver, sociologue de l’image. Il y avait un effet d’attente pour savoir ce que nous allions pouvoir faire ou non le lendemain.» Les formules dont il a le secret ont fait tilt. Les t-shirts qui lui ont été dédiés se sont arrachés. Jamais peut-être la cote d’un conseiller fédéral n’avait à ce point dépassé le seul cadre politique.

Alain Berset nous a parlé comme un entraîneur de foot à son équipe. «Ce n’est que tous ensemble que nous réussirons à franchir cette étape.» Ou encore: «Si on est solide, si on reste unis, on peut entrevoir une évolution positive.» Plusieurs fois, il a reconnu qu’il ne détenait pas de vérité absolue. «On en apprend tous les jours sur ce virus, ce qui est vrai un jour ne l’est plus forcément le lendemain, il faut faire preuve de modeste, de flexibilité.»

Quand un journaliste l’interroge sur le sort ingrat des vendeuses, si exposées, il rappelle à quel point il reste un citoyen comme les autres: «Je vais tous les jours dans les magasins, je fais mes courses moi-même. Je vois à quel point il est important d’avoir des personnes prêtes à s’engager.» Et lorsque Darius Rochebin lui demande quel a été pour lui le moment le plus fort dans cette crise, c’est le père de famille qui répond: «Le jour de mon anniversaire, quand j’ai pu rentrer à la maison.»

Professeur de psychologie à l’Université de Genève, Philip Jaffé ne cache pas l’admiration que lui inspirent la gestion, le style de Berset. «Sans fanfaronnade, il a su transmettre son calme, rassurer, faire appel à nos responsabilités, sans jamais prendre des accents répressifs. Dans un tel moment d’histoire, il s’est affirmé comme un vrai leader.» Journaliste et expert en tendances, Stéphane Bonvin abonde: «Face à un Trump qui dit n’importe quoi et un Macron qui y va de ses “Moi je” et de ses “Y a qu’à”, un mec comme Berset nous parle comme à des adultes, sûr de lui mais jamais arrogant, nous dit “voilà ce que nous allons faire ensemble”. Par certains côtés, il me fait penser à Obama.»

Le sociologue Gianni Haver tire aussi un parallèle entre l’emphase d’un Macron et la modestie affichée de Berset. «Quand Macron prend la parole, on a le sentiment que c’est Louis XIV qui parle dans ce décor si solennel. C’est tout juste si on ne doit pas se mettre au garde-à-vous. Comparés à ce culte de la personnalité, les Suisses ont un tout autre rapport avec leurs conseillers fédéraux, un rapport de proximité. Qu’on se souvienne du sapin d’Adolf Ogi devant le tunnel du Lötschberg. Cela, Berset l’a parfaitement compris, sans compter qu’il il a de l’aisance, le sens de la repartie, qu’il n’est jamais ennuyeux et qu’il a même réussi à nous faire sourire dans de telles circonstances.»

Historien, auteur entre autres de l’essai «Les Suisses», Dominique Dirlewanger estime, lui aussi, que Berset a quasi fait tout juste. «Une crise comme celle-là, c’est comme la guerre, on sait quand elle a commencé mais on ignore quand elle finira, d’où ce sentiment d’ incertitude. C’est pourquoi on a besoin de héros, de soldats inconnus représentés en l’occurrence par notre personnel soignant et d’un général d’armée fort incarné par Berset. Mais chez lui, au lieu d’un discours martial, on peut s’appuyer sur sa bonne foi.»

Aux yeux de l’historien, cette bête de scène qu’est Berset n’a pas dû être mécontent de se retrouver ainsi en pleine lumière. «Alain Berset goûte à ce plaisir, ça se sent. Au Conseil fédéral, il a clairement pris le leadership, quitte à faire envieux, comme le général Guisan lors de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, il a un super pif politique. Ses formules qui ont fait tilt ne venaient pas de l’inspiration du moment, c’était le fruit de sa stratégie de communication.»

Au tout début de la crise, Alain Berset avait eu recours à l’une d’elles en forme de pique à Macron lorsqu’il a annoncé que la Suisse se contenterait d’un semi-confinement, et pas d’un confinement total à la française. «Nous ne faisons pas de politique spectacle, ce qui compte ce n’est pas les 15 secondes de l’annonce, mais l’adhésion de la population.» Plus culte encore, son fameux «aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire». Le t-shirt qui arbore cette citation s’est arraché et a rapporté plus de 200 000 francs à la Chaîne du Bonheur. Même succès pour cet autre t-shirt, créé par une graphiste saint-galloise où on le  voit pointer son crâne lisse avec cet appel: «Lavez vos mains jusqu’à ce qu’elles brillent autant que ça». Animateur de «On se bouge» sur la RTS, l’émission de fitness lancée à l’occasion de la crise, l’humoriste Simon Romang a invité plusieurs fois «notre Churchill du Conseil fédéral» à venir s’entraîner avec lui. Une effigie en carton du ministre trônait même bien en vue en fond de plateau. Au-delà du politicien, Alain Berset a acquis, au fil des semaines, une telle notoriété que de de simple politicien il est devenu un people et il a su en tirer parti. Quand sur les réseaux, décontracté et chemise entre ouverte, il a fait appel à plusieurs personnalités pour exhorter la population à rester à la maison, Roger Federer en personne a aussitôt joué le jeu en s’exprimant en Schwyzerdütsch depuis sa propriété de Valbella aux Grisons. 

A Belfaux, près de Fribourg, où Alain Berset a toujours habité, on ne cache pas sa fierté. «Dans cette crise, j’ai retrouvé l’Alain que j’ai toujours connu, un politicien qui sait dire les choses clairement en gardant un calme olympien», relève la syndique Rose-Marie Probst. «Quand je le vois, je lui dis “salut Alain”, je le connais depuis vingt-cinq ans, il a deux ans de plus que mon fils.» Et d’ajouter: «Il a toujours gardé la même simplicité. Au village, il tape sur l’épaule des gens, rit des bons souvenirs.» Président du Conseil général (l’équivalent de nos Conseils communaux) Gilbert Bapst a conclu l’une des dernières séances avec un éloge du héros national. «On peut être fier de notre Alain Berset, il a mené la crise de main de maître.» Contacté au téléphone, le président en remet une couche: «C’est quand même pas rien d’avoir un tel conseiller fédéral dans sa commune, il a été l’homme de la situation, je lui tire mon chapeau, même si je ne voudrais pas être à sa place. Lors du 1er août, voilà deux ans, c’est lui qui avait fait le discours ici, sans feuille, en improvisant. Il a une telle facilité à s’exprimer, c’est impressionnant. Et il est resté humble.»

Dire qu’Alain Berset et son épouse Muriel Zeender-Berset forment un coup d’intellectuels relève presque de l’euphémisme. Tous deux sont docteurs, lui en économie, elle en littérature avec une thèse très pointue intitulée: «Littérature romande et identités plurielles». Peintre à ses heures, elle a aussi fait l’objet de plusieurs expositions. La famille, avec trois adolescents, Antoine (17 ans), Achille (15 ans) et Apolline (13 ans), vit dans un appartement de la grande bâtisse familiale du centre de Belfaux, qu’Alain n’a pas quittée depuis l’âge de 4 ans. La politique, notre ministre y a baigné depuis tout petit. Son grand-père était un ardent militant de gauche, sa maman Solange a été syndique de Belfaux. Alain Berset avait 31 ans quand il a été élu au Conseil des Etats à Berne, 39 ans lorsqu’il est devenu l’un des plus jeunes conseillers fédéraux de l’histoire. «Un surdoué au destin fédéral. Mélange de douceur et de fermeté qui en impose et rassure» écrivait «L’Illustré». En dehors de la politique, il a deux autres passions: le piano et l’athlétisme. Durant un voyage en solitaire à travers l’Amérique du Sud à 19 ans, il avait cachetonné un mois comme pianiste de bar à Recife (Brésil). Sur les pistes, il fut champion romand du 800 mètres. Le sport comme meilleure école de vie à ses yeux. «Il vous apprend à vous fixer un objectif et à tout faire pour y arriver. Je n’ai jamais eu aussi peur qu’au départ d’une course. Après avoir connu cela, j’ai eu l’impression que je n’aurais plus jamais peur de rien.» Même d’un pernicieux virus.

Photo: Peter Klaunzer

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