Photographie : Aimée Hoving

La disparition de son mari Benjamin, fils de Nadine, laisse une baronne seule à la tête de l’important groupe bancaire Edmond de Rothschild. Franco-allemande de formation supérieure et rompue aux pratiques financières. Également mère de quatre jeunes héritières. Reprendront-elles un jour le flambeau de cette enseigne devenue emblématique de la place financière suisse?

Ses filles grandissant, Ariane de Rothschild s’est progressivement impliquée dans les affaires de la banque. Elle a pris la direction du groupe en 2015. Il n’y a guère qu’à Genève où le professionnalisme de cette personnalité insolite n’est pas encore complètement reconnu.

Baron Benjamin de Rothschild, 57 ans, subitement disparu le 15 janvier dernier en son château dynastique de Pregny-Chambésy. Les hommages n’ont pas manqué, évoquant une personnalité genevoise contrastée et attachante. Porteur d’un nom rayonnant dans la finance et le luxe depuis le XIXe siècle, et lui-même si peu attiré par la jet-set. Singulier paradoxe lorsque l’on songe à Nadine, sa mère endeuillée, vivant dans un appartement en ville après s’être fait un grand prénom dans les arts de vivre. 

Fils ultime d’une branche franco-suisse de quatrième génération, Benjamin laisse le plus important patrimoine des galaxies Rothschild dans le monde. Immobilier, hôtellerie, grandes marques, domaines agricoles, gastronomie, sport nautique, fondations philanthropiques.

Au centre du dispositif, la Banque privée Edmond de Rothschild (BPER), du nom de son père, qui l’avait créée à Genève en 1953. Basée aujourd’hui à la rue de Hesse, dans le quartier des banques traditionnelles. 2600 personnes, réparties sur une quinzaine de sites en Europe et en Asie. Dans la culture des Rothschild, comme dans celle des anciennes familles bancaires genevoises, la transmission des biens d’une génération à l’autre est une préoccupation constante. Les collèges d’associés se sont bien entendu ouverts aux femmes depuis vingt ans. Mais là, c’est une autre étape qui est franchie. Un renversement de vapeur, pourrait-on dire.

Sans le regretté Benjamin, Edmond de Rothschild devient une banque entièrement féminine. A sa tête, la «baronne Benjamin de Rothschild», formulation des documents officiels. Née Ariane Langner, formation supérieure et financière, mère des quatre jeunes filles qui viennent de perdre leur père. Noémie, Alice, Eve et Olivia la cadette, déjà active dans les parfums Caron. Ce sont les héritières de la banque. Peut-être de futures banquières. C’est dire si cette configuration va attirer l’attention dans les années à venir.       

Allemande et alsacienne par sa famille, Ariane vient d’un milieu d’expatriés des multinationales. Elle est née au Salvador, sur le Pacifique. Elle a grandi en Amérique latine, en Asie, en Afrique, l’une des nombreuses passions de son futur mari. Ils se sont connus dans les salles de marché, par écrans interposés, lorsque Ariane œuvrait à Paris pour le groupe financier américain AIG. La rencontre «en présentiel», comme l’on dirait aujourd’hui, fut fortuite. Benjamin descendant d’une moto dans un pantalon maculé de graisse et de terre. Il n’en fallait pas plus pour une grande histoire d’amour.   

Aussi peu rangée que son prince, avec en plus une expérience de vie imprégnée d’images choc et de mondes en développement, la princesse allait fort bien convenir à ce poète et aventurier redoutant quelque peu les conflits. Fusionnel dans son genre, le couple a même duré, pendant que les banquiers genevois alignaient les divorces.

La baronne Ariane de Rothschild a d’abord pris en charge les importantes activités philanthropiques de la famille pour mieux les professionnaliser. Arts et santé dans leur dimension sociétale, perspective et expertise. Création d’une Ecole de la philanthropie en France, chaires, think tanks, concentration de compétences. Les «Edmond de Rothschild Fundations» figurent aujourd’hui parmi les meilleures références à l’échelle européenne.

Les filles grandissant, Ariane s’impliquera de plus en plus dans les affaires générales et bancaires. Avec le même souci d’actualiser la tradition. Le microcosme lui est familier, bien qu’à Paris plutôt qu’à Genève? Qu’à cela ne tienne. La place financière genevoise abrite depuis très longtemps les filiales de banques de gestion des plus grands opérateurs français. Des milliers d’emplois, de CA Indosuez à BNP Paribas, en passant par CIC ou Société Générale. Pourquoi ne parlerait-on pas de tradition bancaire française à Genève?  

La baronne prendra la tête des opérations en 2015, incarnant sans en avoir l’air la puissance de ce qui reste très abstrait dans l’imaginaire collectif: une vraie banquière. Présente à peu près tous les jours, et y consacrant 70% de son temps d’activité. On lui trouve même de légères intonations germaniques à la Romy Schneider, «La Banquière» du cinéma français. Avec quelque chose d’énorme en plus, puisqu’elle pourrait être le point de départ d’une dynastie de dirigeantes bancaires. C’est peut dire qu’un profil aussi genré a quelque chose à voir avec l’air du temps. «Nous ne développons pas de marketing particulier sur ce thème», précise toutefois Viencent Taupin, l’actuel président exécutif.  

«Pour moi, déclarait Ariane de Rothschild il y a deux ans, les choses statiques, c’est la mort.» A Genève, l’image lui a d’abord été collé d’une baronne à lubies, mais le malentendu n’a pas duré. Il en restera d’autres, comme celui-ci: Benjamin ayant disparu, la banque Edmond de Rothschild n’est-elle pas forcément vouée à être vendue? Et comme il est difficile de négocier une marque aussi personnelle sans Rothschild en son sein, elle ne pourrait être cédée qu’à la branche franco-britannique (détentrice elle-même d’une autre banque Rothschild, affublée d’un «& Co»). La banquière a clairement démenti ce genre de scénario. Et pour que la question se repose un jour, il faudra sans doute attendre d’y voir beaucoup plus clair sur les vocations de la génération montante.

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