Une trentaine de films tournés pour le cinéma, plusieurs fois sélectionné aux César comme meilleur acteur, le grand comédien Christophe Malavoy a également joué dans une vingtaine de pièces au théâtre. Il a mis en scène près de 33 longs-métrages, et est aussi auteur de plusieurs ouvrages. Nous le retrouvons lors de sa prestation remarquable dans «La Légende du saint buveur», qu’il produit, met en scène et interprète juste après le Festival d’Avignon off 2019, avant une prochaine tournée prévue en Suisse.

 

Quels sont vos liens avec la Suisse?

 Très beau pays que la Suisse! Qui a su préserver sa montagne, ses vallées, sa campagne, son habitat, ses coteaux, son vignoble… Toujours très heureux de retourner en Suisse pour le théâtre et d’y rencontrer un public très averti et connaisseur. Je dirais même plus subtil que le public parisien.

 Quelques mots sur «La Légende du saint buveur»…

 C’est un très beau texte de Joseph Roth, une sorte de conte philosophique qui nous raconte l’histoire d’Andreas, qui vit sans adresse et habite chaque sous un autre pont à Paris. Un homme, un soir, décide de l’aider en lui proposant une belle somme d’argent. Andreas refuse tout d’abord puis finalement accepte, mais en homme d’honneur, il promet de rembourser cette dette. Réussira-t-il à tenir sa promesse ? Je reprendrai le spectacle à Paris au théâtre du Petit-Montparnasse en septembre 2020. Mais nous organisons dès maintenant la tournée qui suivra. J’espère que la Suisse fera partie du parcours.

 Vos nuits sont-elles plus belles que vos jours?

Les nuits sont comme des bateaux qui fendent les flots… il y a cette sensation de glisser dans la nuit, vers l’inconnu… c’est le temps de tous les possibles… celui des rêves, même si j’accorde au jour ma préférence pour rêver.

 Qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de dormir?

La douleur. Qu’elle soit physique ou psychique. J’imagine l’insomnie comme une torture. L’homme a besoin de s’abandonner, de se perdre, de s’égarer dans le sommeil. Pas de connaissance sans perte de connaissance. J’accorde beaucoup d’importance au sommeil. C’est le moment privilégié où tout s’organise, se construit sans heurts. C’est pour moi un instant crucial dans la création, les yeux mi-clos je rassemble mes désirs et je me laisse aller…

 Des remords ou des regrets?

Ce n’est pas dans ma nature. Je ne regrette rien, même les mauvais choix. Ils ont une raison d’être. Ce sont eux qui vous mettent sur la voie.

 Quelle force en avez-vous tiré de votre enfance?

Une poésie qui m’accompagne encore aujourd’hui. Le regard d’enfant c’est le plus précieux des biens. Il est au cœur du travail d’artiste. La notion de frontière pour un enfant n’existe pas, ce sont les adultes qui érigent des murs, des limites. Je veille à entretenir ce champ de vision, cet enthousiasme, cet élan. Picasso disait: «J’ai mis très longtemps à devenir jeune!»

Une souffrance encore présente?

L’enfance est l’apprentissage du deuil. Elle est donc par nature pleine de souffrance engrangée. J’ai le sentiment que notre vie est en orbite autour de la planète enfance. C’est l’attraction dont on ne sort pas.

 Votre madeleine de Proust?

Une odeur, celle de la pellicule argentique. Mon père réalisait chaque été un film 8 mm avec ses enfants comme acteurs… Le numérique a bien sûr effacé les odeurs. Mais cette odeur si particulière de sels d’argent est restée très ancrée, très tenace.

 Dans quelles circonstances vivez-vous le stress?

Quand je dois faire des choses pour lesquelles je ne suis pas fait. Les plateaux télé, par exemple, quand on vient parler 40 secondes d’un travail qui vous a pris un an…

 Un petit truc pour vous calmer?

Je pense à ma mère, à son merveilleux visage et à ses yeux qui transformaient tout en beauté, en bonté. Incroyable force qui émanait d’une foi indéfectible en Dieu.

 Quelle place tient l’amour dans votre vie?

L’essentiellllllll avec beaucoup d’ailes pour voler le plus longtemps possible. Mais est-on toujours à la hauteur de l’amour que l’on voudrait donner, et même de celui que l’on voudrait recevoir? C’est la grande question.

 Peut-on trouver l’amour sur Internet?

On trouve tout dans les poubelles. Pourquoi pas une belle histoire.

 La fidélité, c’est important?

Ce n’est pas tant la fidélité que l’imagination qui compte. Méfions-nous d’une fidélité qui ronronne et s’avachit… La fidélité en tant que telle n’est pas une preuve d’amour. Quelqu’un de fidèle peut être très ennuyeux. Ce qui compte en amour, c’est le frisson. Il faut donc beaucoup d’imagination pour aimer.

 Acceptez-vous de vieillir?

 Oui, je trouve cela plutôt agréable dans la mesure où le corps et la tête suivent. Vieillir, c’est diminuer d’un côté bien sûr, mais c’est grandir de l’autre. L’esprit, la spiritualité, l’expérience, la sagesse peuvent être très savoureuses. Vieillir comme Victor Hugo, cela m’irait.

 Quel est votre rapport à la nourriture?

J’aime le goût et la complexité des arômes. Je préfère sauter un repas plutôt que d’avaler n’importe quoi. J’ai un profond mépris pour la malbouffe. L’industrie agroalimentaire est responsable en grande partie de l’obésité, du diabète, et des maladies cardio-vasculaires. Les pouvoirs publics n’ont pas été assez rigoureux et fermes. Ce sont les lobbys qui ont gagné le droit de nous empoisonner. Et ce sont toujours les petits revenus qui trinquent.

 Un plat?

Le poulet aux morilles et au vin jaune. Un plat typique du Jura que j’apprécie beaucoup.

 Un vin?

Disons le Puligny-Montrachet en blanc, le Château-Chalon en jaune, et l’Hermitage en rouge

 Croyez-vous en une force supérieure?

Oui, la mienne. Je préfère la méditation à la prière. Elle est pour moi plus enrichissante et toujours accessible.

 Avez-vous une relation saine avec l’argent?

L’argent n’est pas ma préoccupation première. «La Légende du saint buveur» est à ce titre une belle réflexion sur l’argent, la richesse, la possession…

 Plutôt cigale ou fourmi?

Plutôt cigale, mais je ne chante pas tout l’été.

 Votre achat coup de folie?

Un Chambolle-Musigny 1918.

 Quelle est la rencontre qui vous a le plus marqué?

La rencontre avec moi-même… Ça m’a fait drôle, je ne m’y attendais pas et cela a tout déclenché. Avant de rencontrer les autres, on gagne à se rencontrer soi-même.

 L’auteur qui vous a le plus influencé?

Un Suisse, Blaise Cendrars, qui m’a beaucoup aidé à une époque de ma vie où j’avais besoin de soutien. Poète de l’action, de la vie aventureuse et bourlingueur infatigable.

L’autre auteur qui partage ma vie depuis plus de dix ans maintenant, c’est Louis-Ferdinand Céline. Je prépare le tome 2 de «La cavale du Dr Destouches», une BD dont le premier tome était sorti en 2015 aux Editions Futuropolis. Le tome 2 raconte l’exil danois de l’auteur du «Voyage au bout de la nuit».

 

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