En marge de ses 19:30 du week-end, Darius Rochebin assure tous les mercredis soir un live sur le Facebook de la RTS pour répondre aux questions du public sur le Covid-19. Entre travail et confinement, le journaliste vedette nous confie son émotion face à cette actualité qui, pour la première fois de sa carrière, touche l’entier de la population. 

Paris Match Suisse. En plus de vingt ans de téléjournal, vous avez couvert plusieurs départs d’épidémies. Quand avez-vous compris que celle-ci était différente?
Darius Rochebin.
Je l’ai compris assez tard. On croyait que ces grandes épidémies, c’était «pour les autres». Il y avait une forme d’inconscience occidentale. Au tout début, quand le virus flambait en Chine, un collègue nous a alerté. Nous étions sceptiques. Ça semblait loin. Nous tous, «l’opinion publique», et pas seulement les politiques, nous n’avons pas vu arriver le danger – à part quelques exceptions.

Est-ce que vous parvenez à décrocher de cette actualité chargée de temps en temps?
C’est très difficile de décrocher. Mais cela reste relatif. Je suis beaucoup en contact avec les médecins, ceux des soins intensifs notamment. Cela rend humble. On s’appelle souvent à l’aube ou tard dans la nuit et eux, ils sont toujours à l’hôpital.

Cette pandémie est-elle le sujet le plus fort que vous ayez eu à couvrir en tant que journaliste?
Oui, car c’est la première fois qu’un sujet concerne absolument tout le monde. Le 11 septembre, par exemple, même s’il nous avait beaucoup touché émotionnellement, n’avait pas changé le quotidien de la plupart d’entre nous dans l’immédiat. Avec ce virus, c’est autre chose. On parle de la vie des familles, de ce que chacun d’entre nous ressent, de ce que chacun vit vraiment. Notre travail de journaliste est aussi impacté avec des équipes réduites au maximum. Et je trouve également que nous tous vivons plus intensément.

Dans quel sens?
Je retrouve ce sentiment que j’ai souvent eu quand j’étais en reportage dans certains pays défavorisés. Cette impression que les gens doivent vivre chaque instant plus intensément. Il est vrai qu’en Suisse, nous avions toujours été relativement épargnés. Mais à présent, c’est la première fois que je sens à quel point nous sommes nous-mêmes dans l’actualité. J’ai dû penser aussi aux reportages que j’avais faits dans les pays de l’Est avant la chute du Mur. On n’en est évidemment pas du tout à ce stade, mais jamais je n’aurais pensé être un jour face à des rayons vides en Suisse et devoir revenir à la Coop le lendemain pour voir s’il y a un nouvel arrivage de savon, de pâtes…

Vous avez fait des réserves de nourriture ou de papier hygiénique?
(Rires). Non, je n’ai pas fait de réserves! Mais quand on a senti qu’on allait bientôt restreindre nos déplacements, j’ai quand même veillé à avoir le strict minimum à la maison pour tenir quelques jours. 

Vous-même, avez-vous peur du coronavirus?
Je n’ai pas peur, mais je suis très prudent. Je respecte bien les consignes, je me lave très souvent les mains. Il faut mettre un maximum de chances de son côté. Je fais surtout très attention à la distance sociale. En revanche, je ne porte pas de masque pour l’instant et je ne vais pas jusqu’à nettoyer les emballages quand je rentre du supermarché. Je continue à chercher des pizzas à emporter. On ne peut pas vivre dans une bulle. Sachant que ce virus est assez contagieux, une grande partie de la population sera infectée à terme. 

Pouvez-vous télétravailler ou devez-vous toujours vous rendre à la tour RTS?
Nous tenons la plupart de nos réunions par Skype. Au bureau, nous veillons à ne pas être plus de cinq dans une pièce et respectons scrupuleusement les distances. Je suis à la RTS les jours où je présente, mais sans cela je reste chez moi le plus possible.

Avez-vous encore accès aux services de maquilleurs ou coiffeurs avant vos passages à l’antenne?
(Rires). Non, mais ils nous donnent des conseils pour nous maquiller nous-mêmes, pour couper une ou deux mèches.

Comment décrivez-vous le rôle de la RTS et le vôtre dans ces moments difficiles?
Nous avons un rôle de «place du village» bien sûr. On sent que tout le monde a un besoin de se retrouver au moment du journal ou d’une émission pour partager des infos, voir comment la situation évolue. Mais nous devons aussi être très exacts sur l’état précis des risques. Il faut éviter les deux extrêmes: l’alarmisme ou, à l’opposé, les propos faussement rassurants. Il faut garder le ton juste. Le peuple suisse est adulte, il juge par lui-même et demande une information objective et précise. Toute la rédaction s’est démultipliée comme jamais. Par exemple, nous avons mis au point dans l’urgence des types de liaisons que nous n’avions jamais réussi à établir auparavant, tout le monde a travaillé d’arrache-pied. 

Vous êtes également très actif, plus que d’habitude, sur les réseaux sociaux. 
Oui. Etant donné qu’une grande partie de la population est à la maison, ils prennent encore plus d’importance. Il y a beaucoup de gens devant le 19:30, mais l’échange se poursuit par le biais des réseaux à travers la journée.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans cette épidémie?
Le combat pour la vie. Une société civilisée doit faire le maximum pour sauver les patients, quel que soit leur âge par exemple. J’ai été bouleversé par un reportage sur une femme de 95 ans qui était guérie. Ou par cette fille qui ne pouvait parler à sa mère hospitalisée que par FaceTime, puisque les familles n’ont pas accès aux soins intensifs.

Comment organisez-vous votre journée depuis le «confinement»? 
Comme tout le monde! Je fais les courses quand c’est nécessaire. Je passe à ma pharmacie pour voir s’ils ont été livrés en gel hydroalcoolique. J’ai deux minuscules balcons – on y tient à trois debout ou à deux assis – mais j’en profite dès qu’il y a du soleil. Et à 21h, on applaudit les soignants et les professions qui sont au front.

Profitez-vous de ce temps d’arrêt pour lire davantage, voir des séries, cuisiner? Avez-vous des lectures à recommander ou des recettes à partager? 
Je crois qu’on est nombreux dans le même cas: en théorie on voudrait profiter du temps à la maison, mais en pratique on est vite rattrapé par les infos sur les écrans.

Pourtant, vous êtes d’habitude un grand lecteur. 
C’est vrai, mais j’ai tendance à relire toujours les mêmes choses. Là, c’est Chateaubriand. Comme c’est un auteur que j’aime passionnément, je suis sûr de réussir à penser à autre chose en le lisant. Sinon, j’aime aller sur le site des archives de la RTS ou sur ina.fr. pour lire des articles qui n’ont rien à voir avec le virus.

La RTS propose un rendez-vous sportif, «On se bouge!», le matin pour supporter ce confinement. Vous êtes-vous aussi mis au sport à domicile?
Hélas non, mais j’essaie de maintenir un régime raisonnable: je me suis surpris à refaire de la soupe aux légumes. Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps!

Comment avez-vous expliqué la situation à vos filles, Maïa, 10 ans, et Charlotte, 3 ans?
La petite comprend à sa façon. Elle sait qu’on ne peut plus sortir au parc comme avant. La grande comprend très bien, et pose plein de questions de bon sens comme tous les enfants.

Leur mère est médecin. C’est une inquiétude supplémentaire pour vous?
Elle est généraliste et continue à soigner tous les types de pathologies. Elle a pu m’expliquer aussi l’énorme travail d’information que les médecins et tous les soignants ont fait en amont pour être le plus prêts qu’il était possible pour affronter la vague. Il m’arrive de l’appeler dans la journée pour lui demander une confirmation sur tel ou tel point du travail médical. Mais sinon, la vie à la maison est normale. Nous sommes tous très prudents. Mon aînée m’a même montré comment ouvrir les portes avec le coude!

Qu’est-ce qui vous manque le plus depuis le début du confinement?
Les moments d’oxygène, quand on marche un peu au hasard, qu’on va boire un café sur une terrasse. Je trouve que cela fait partie des petits bonheurs de la vie, même quand c’est très court, coincé entre deux rendez-vous. On réalise à quel point sortir est primordial. Aller faire les courses est ainsi devenu un moment important.

Que garderez-vous de positif de ce drame que nous vivons?
Il y a beaucoup d’élan fraternel, sur le net, dans les vidéos qu’on s’échange, et au quotidien. Chaque soir, à 21h, on se salue entre voisins, d’un immeuble à l’autre, l’un a sorti une cornemuse, l’autre fait de la disco à fond, ça n’était jamais arrivé! On reçoit aussi énormément de courrier très chaleureux de téléspectatrices et de téléspectateurs. Cela fait vraiment chaud au cœur.

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