Derrière l’homme d’Etat se cache un être, à la fois, fort et empathique. Sensible aussi. Il évoque avec pudeur la mort de sa maman au début de l’année.

L’entrevue, coronavirus oblige, s’est passée par téléphone. Le chef du département était entouré de son porte-parole et de son chargé de communication. Tout était organisé à la minute près et la ponctualité suisse n’a pas dérogé à la règle. Dès le début de l’interview, l’homme s’est montré ouvert, détendu, la voix claire et posée avec un accent d’authenticité indéniable.

Il a fait des promesses et les a tenues. Nous avons pu le vérifier! Il sait combien certaines entreprises souffrent de cette crise sans précédent. Il est entrepreneur dans l’âme. Rappelons que l’homme, associé à son père et à son frère, a exploité un domaine agricole et viticole. Il a le sens de la terre, des responsabilités et de la parole donnée. C’est en 1993 que Guy Parmelin goûte à la politique en tant que président du Conseil général de Bursins. Il deviendra député au Grand Conseil du canton de Vaud de 1994 à 2003, puis président de l’UDC vaudoise de 2000 à 2004. Il s’approchera de la Coupole lorsqu’il est élu en 2003 au Conseil national. C’est en représentant le peuple à la Chambre basse de l’Assemblée fédérale que l’homme prendra toute sa consistance.

 

Paris Match. On parle du fabuleux destin d’Amélie Poulin et pourquoi pas aussi du fabuleux destin de Guy Parmelin?

Guy Parmelin. En tout cas, je n’ai jamais eu de plan de carrière! Tout est parti de mon grand intérêt pour le latin et le français lors de mes études. Le professeur de ces deux matières, féru de politique, m’a transmis sa passion. Cela m’a ouvert, par le plus grand des hasards, la porte de la politique suisse. C’est à ce moment-là précisément que j’ai pensé, un jour, siéger au Conseil national! Alors destin, dites-vous? Lorsque j’ai été élu au Conseil fédéral en 2015, j’étais simplement au bon endroit, au bon moment! C’est aussi un concours de circonstances et un savant équilibre de nombreux éléments. On pourrait comparer l’Assemblée fédérale au conclave. Beaucoup entrent papes, la plupart ressortent cardinaux. J’ai eu un peu plus de chance!

Et si on vous dit que votre action marquera l’histoire, que répondez-vous à cela?

C’est une situation de crise exceptionnelle. Rien de pareil ne s’est profilé depuis la Seconde Guerre mondiale. Chaque membre du Collège s’investit à fond. Avec un seul but, agir dans l’intérêt général et le respect des lois. Aujourd’hui, il est l’heure de se relever, de reprendre le cours de la vie. Les signes sont plus agréables mais il faut, cependant, rester vigilants. Nous sommes conscients que nous allons en ressentir les effets encore longtemps.

J’ai la chance d’être entouré par des collaborateurs très engagés qui ne comptent ni leur temps, ni leurs heures. Mon département regroupe l’économie mais aussi la formation, la recherche, l’innovation et le logement. Nous avons dû trouver des solutions d’urgence et tout concilier.

En tant qu’être humain, comment vivez-vous cette période?

Je ne vous cacherai pas que je vis des moments plutôt compliqués et exigeants. On imagine les meilleures solutions tout en sachant qu’on devrait les ajuster quelquefois. Le plus difficile à vivre pour moi est de savoir qu’on ne va pas pouvoir sauver tout le monde! Quand je vois la créativité, l’inventivité, l’adaptabilité que déploient certains indépendants, entrepreneurs pour survivre, c’est admirable. Nous devons, aujourd’hui, les accompagner dans cette phase de reprise. Le pire est à venir. Nous avons mis de l’huile dans les rouages pour que la machine ne se bloque pas, pour passer ce cap essentiel. Nous avons accordé des indemnités de chômage élargies par le droit d’urgence, car les indépendants n’étaient pas prévus à la base. Mais tout cela doit être limité dans le temps.

Vos nuits sont-elles perturbées?

J’ai toujours très bien dormi. Je ne peux pas en dire de même en ce moment.

Vos proches ont été touchés par le Covid-19, cela a influencé votre vision de la crise…

Sans parler d’état de guerre, j’ai pu prendre conscience de près des risques sanitaires. Mon père, 84 ans, a été victime du Covid-19. Il a dû se battre durant six jours. Une forte fièvre puis une très grande fatigue. Retrouver ses forces prend beaucoup de temps.

Comment préservez-vous votre sérénité en ce moment?

J’ai le cuir épais. Après dix ans au Grand Conseil et trois législatures au Conseil national, on s’attend à prendre des coups. J’ai appris à relativiser. Mon cocon familial est essentiel à mon équilibre et ma sérénité. Ma femme, mon frère, mon père, ma sœur sont des éléments clés. Nous formons une équipe et sommes plutôt vaillants. Dans cette situation exceptionnelle, cet équilibre nous permet de chercher des solutions.

Etes-vous croyant?

Oui. Et d’autant plus maintenant! Je recherche un certain réconfort. Je ne vais pas très souvent à l’église, mais l’important n’est-ce pas de se retrouver seul, dans sa chambre, confronté à Dieu? Il est présent et à l’écoute.

On sent une forme d’humilité chez vous, d’où vient-elle?

De l’enfance, de notre grande famille paysanne, de nos belles tablées… Je me souviens de mes premières vacances. J’avais 10 ans. Nous sommes partis en Espagne avec notre ami le restaurateur du village de Bursins qui possédait une petite maison au bord de la mer. Chaque couple a pris un enfant, l’aîné. C’était la grande aventure, tous en voiture, en direction de la Costa Brava. Une nuit entière de route. Après une semaine, nous avons été appelés. Il fallait revenir, le blé était mûr. Il avait pris un peu d’avance. La nature n’est-elle pas plus forte que tout? Cela vous ancre pour la vie dans la modestie et l’humilité. Ces vacances restent, pour l’enfant que j’étais, un merveilleux souvenir.

Un dicton que vous feriez vôtre?

La roche Tarpéienne est proche du Capitole. C’est tellement significatif des choses de la vie.

Quel est votre rapport à la mort?

C’est difficile d’en parler… Ma maman est décédée en janvier. Elle avait 80 ans et une maladie musculaire dégénérative. Dès ma plus tendre enfance, j’ai été confronté à la mort. Mon grand-père s’est suicidé et ma grand-mère est morte brutalement d’une crise cardiaque. Au milieu de ses casseroles alors qu’elle s’affairait aux fourneaux.

Parlez-nous de vos valeurs existentielles.

L’amitié, la loyauté et le respect entre les gens. J’ai horreur d’être confronté à la trahison de la confiance donnée. On peut toujours se dire les choses, discuter, se confronter… On trouve des solutions. Et je ne suis pas de nature rancunière.

Qu’attendez-vous de l’avenir?

Des jours meilleurs pour tout le monde! Un retour à la normale avec une certaine sérénité. Je comprends tellement que certains puissent avoir peur pour leur entreprise, leur travail et qu’ils appréhendent de se retrouver au bout de leurs réserves financières.

Votre propre camp critique le fait que le confinement a duré trop longtemps et que vous auriez dû prendre plus de risques, comment vivez-vous cela?

Dans cette situation extraordinaire, nous avons dû prendre des décisions exceptionnelles sans avoir forcément tous les éléments en main et sans pouvoir peser toutes les conséquences. Quoi qu’il en soit, le gouvernement a mission de décider et d’aller de l’avant. Nous n’avons pas fait tout juste, mais nous avons réagi en conséquence. Par exemple, quand on nous a rendus attentifs à une concurrence déloyale pour les livres vendus dans les grandes surfaces.

Nous avons fait au plus près de notre conscience. L’histoire nous en sera témoin.

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