En  pleine  guerre  du  Vietnam,  Kim Phuc,  9  ans,  est  brûlée  à  plus  de  60% sur  tout  son  corps.  Elle  subira dix-sept  interventions  chirurgicales,  car  le  napalm  a endommagé  ses  muscles,  ses  tendons et  ses  terminaisons  nerveuses.

Nous l’attendons avec impatience. Kim Phuc Phan Thi descend tout juste de l’avion. Elle entame une tournée européenne pour présenter son livre « Sauvée de l’enfer ». Cet ouvrage n’est pas l’histoire d’une horreur indicible. C’est l’histoire du triomphe de l’amour et du pardon qui transforme le mal en bien. Darius Rochebin la reçoit en premier dans son émission de la RTS «Pardonnez-moi » puis c’est enfin notre tour.

La rencontrer, c’est être confronté au drame de la guerre, c’est faire face à la folie humaine qui pousse certains à fabriquer des armes pouvant non seulement causer la mort mais aussi provoquer une souffrance incommensurable, marquant profondément ceux qui y survivent, gravant sur leur corps le mot Horreur. Et pourtant, quand on voit ce petit bout de femme élégante, souriante, solaire, on se demande comment elle a pu survivre à tant de barbarie et en faire de l’humanité.

Dans sa biographie, Kim Phuc écrit : « J’aurais pu me trouver à des milliers d’autres endroits, mais il a fallu que je sois justement là. Je vais mourir sur cette route, ces flammes vont me tuer. » Cette horreur a été immortalisée par le photographe Nick Ut. Une photo en particulier fera le tour du monde et lui vaudra le Prix Pulitzer et le World Press Award en 1973. Le choc d’une image aura eu le mérite de mettre fin à la guerre du Vietnam bien plus rapidement que toute négociation. Mais pour Kim Phuc, cette photo a longtemps été une torture. « Pourquoi ont-ils pris cette photo où je suis nue et laide. Je me suis fait à l’idée que, désormais, je serais toujours considérée comme différente. Tu ne peux plus être aimée, Kim. » Des pensées qui l’envahiront pendant longtemps. Le retour à la vie normale sera très long. Ce n’est que bien plus tard, lors de sa première maternité, qu’elle a compris qu’elle allait s’en servir de façon positive et constructive.

Après plusieurs tentatives avortées pour quitter le Vietnam, la jeune femme de 19 ans ne rêve que de faire des études de médecine. Mais en 1982, en pleine guerre froide, le gouvernement d’Ho Chi Minh l’exploite pour faire la propagande du régime et l’oblige à participer à de nombreuses interviews de journalistes du monde entier en déformant et en manipulant ses propos. Ces activités forcées l’empêchent de poursuivre ses études. Elle est dévastée devant son impuissance à choisir son propre destin et songe alors au suicide.

Les souffrances physiques, psychologiques, le manque de nourriture, de médicaments, le manque d’affection et d’amour. « Sur l’échelle du désespoir, je me trouvais à 9,5 sur 10, j’étais prête à quitter cette vie. Je ressentais de la colère, j’étais sans espoir, tout était négatif. » Puis elle découvre le Nouveau Testament et la personne de Jésus l’interpelle par les souffrances physiques et émotionnelles qu’il a traversées. Elle s’identifie à son vécu et se sent enfin comprise. « Ce fut un tournant dans ma vie. C’est la foi qui m’a permis de sortir du désespoir. J’ai dû apprendre à faire ce chemin-là, car j’ai grandi dans la douleur, mais je ne comprenais pas pourquoi. Il y avait tellement de pourquoi, de questionnements, d’interrogations dans ma vie et je ne trouvais pas les réponses. Je ne savais tout simplement pas pourquoi j’étais en vie. La foi m’a permis de me réconcilier avec mes souffrances et mes cicatrices. Dieu est amour, il m’aime d’une façon inconditionnelle. Je prends tous les jours cet exemple pour rendre cet amour aux autres. »

Avez-vous peur de la mort ? Elle répond de sa voix douce et calme : « Avant oui, j’avais peur de la mort. Enfant, on m’a laissée pour morte à l’hôpital et on m’a déposée à la morgue pendant plusieurs jours. Je suis si heureuse d’être en vie, c’est un miracle. Alors maintenant, je profite de chaque moment. »

Elle qui pensait ne jamais rencontrer l’amour se marie à Toan, originaire du Nord Vietnam, qu’elle rencontre à Cuba et avec qui elle a eu deux enfants nés au Canada où ils immigrent et deux petits-enfants qu’elle chérit. « J’ai enseigné à mes enfants la gratitude, de ne jamais se plaindre. On est tellement chanceux de vivre dans un tel confort. »

Aujourd’hui, Kim Phuc a pardonné à ceux qui ont largué les bombes, choisissant de faire de ce drame une occasion de guérison. « Je ne peux pas changer le passé, mais avec de l’amour je peux changer l’avenir. Pardonner reste quelque chose d’extrêmement difficile à faire. C’est un exercice qu’il faut répéter tous les jours. Je prie chaque jour. Mais il faut de la patience et de la persévérance pour que peu à peu la haine s’en aille. »

Un long cheminement spirituel qui l’a conduite à la sérénité. Elle regrette seulement de ne pas avoir réussi à le faire plus tôt.
Aujourd’hui, après d’atroces souffrances, « la fille de la photo » apporte un message de paix, de pardon, tout en dénonçant les crimes perpétrés contre des enfants et des innocents.

Depuis novembre 1997, elle est ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco pour la culture et la paix. Cette nomination lui a été accordée pour son courage et sa générosité qui la poussent à promouvoir une culture de réconciliation et de tolérance. « Mon plus grand bonheur est d’aider les autres, particulièrement les enfants, car je sais exactement ce dont ils ont besoin puisque je suis moi-même passée par là. » Depuis 1997, la « Fondation internationale Kim » apporte des soins médicaux gratuits aux enfants victimes de la guerre et du terrorisme et a soutenu onze projets à travers le monde. Au Vietnam, elle a permis la construction d’une bibliothèque qui est aujourd’hui un centre de formation pour les enfants de Trang Bang, village dont Kim Phuc est originaire. « Pouvoir leur faire bénéficier d’instruction est une de mes plus belles réussites, mais j’ai encore beaucoup de beaux projets qui m’attendent ! »

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