Pour lutter efficacement contre cette pandémie, la Clinique de Genolier considérée trop souvent et à tort comme centre hospitalier pour riches, s’est spontanément portée volontaire, avant même que le canton le préconise, pour apporter son soutien à l’hôpital de Nyon.

Genolier a mis en place une cellule Covid-19 pour coordonner l’afflux de patients. Il faut savoir que le Groupe Swiss Medical Network dont dépend la Clinique de Genolier compte 21 établissements hospitaliers et autant de centres ambulatoires répartis dans 13 cantons. Toutes ces institutions se sont mises à la disposition de la Confédération et des cantons pour optimiser la gestion de cet état d’urgence.

A Genolier, un étage a été réservé exclusivement aux patients Covid-19. Cet espace est totalement isolé du reste de l’établissement, avec un accès dédié. Il peut recevoir 14 personnes en chambre individuelle, tout en sachant que cette capacité pourrait rapidement être augmentée si besoin. Les malades du coronavirus y sont soignés indépendamment de leur couverture d’assurances que ce soit LAMal ou privé.

Si le patient devait être intubé, ce qui est le cas que d’une partie infime des malades, il serait transféré aux soins intensifs spécifiques à Nyon ou Lausanne selon les capacités.

Antoine Hubert
une stratégie de testing à grande échelle?
De nouveaux tests arrivent.

Zeynep Ersan Berdoz (directrice communication du Groupe), comment a évolué aujourd’hui la situation à Genolier?

ZEB. Les premiers patients sont arrivés dans l’heure qui a suivi l’ouverture de l’espace dédié et les soins prodigués suivent activement la littérature et l’évolution des recommandations des centres universitaires.

 D’autres établissements du Groupe ont-ils aussi été sollicités?

ZEB. Nous sommes en contact régulier avec les cellules Covid-19 dans chacun des cantons où nous sommes présents. Les relations sont très constructives et la collaboration se met partout en place selon les besoins et spécificités régionales.

 Quelle a été leur action à ce jour?

ZEB. Dans les grandes lignes et par région linguistique, nos établissements neuchâtelois, fribourgeois et valaisans sont pleinement intégrés dans les dispositifs de lutte contre le coronavirus. Dans les cantons de Vaud et de Genève, la collaboration a pour objectif de décharger les centres universitaires dans la prise en charge des urgences non vitales et des patients en oncologie. A l’exception de Genolier, qui reçoit également des cas Covid-19. En Suisse alémanique, l’intégration en est à des degrés divers. Nos établissements ne réalisent plus d’interventions médicales non urgentes, mais focalisent leurs activités sur les cas chirurgicaux qui ne peuvent être reportés de plus de trois mois.

Quant au Tessin, où la situation est la plus préoccupante dans la lutte contre le coronavirus, la collaboration entre les différents acteurs a eu de la peine à se mettre en place, mais aujourd’hui l’organisation est similaire à celle des cantons de Vaud et Genève.

Comment voyez-vous l’évolution de cette crise sanitaire majeure?

ZEB. Il est impossible de prévoir l’évolution de cette pandémie à ce stade. Ce qui est sûr, c’est que l’ensemble des acteurs sanitaires en Suisse se sont préparés au pire, en arrêtant complètement toute l’activité non urgente et que les capacités mises en place par le public et les privés, couplées aux mesures de confinement, pourront faire face à l’urgence.

Antoine Hubert, l’administrateur délégué du Groupe, a-t-il d’autres ambitions pour s’impliquer davantage?

AH. Nous explorons avec d’autres acteurs la possibilité de mettre en place un réseau de testing à grande échelle, seule voie pour un confinement ciblé des personnes à risque et des porteurs du virus sans paralyser toute l’activité économique du pays. L’arrivée sur le marché de nouveaux tests, plus rapides, va permettre cette stratégie.

Rencontre avec la Dre Yasmine Rassam-Hasso,
en première ligne face au Coronavirus

 

 

Comment vivez-vous aujourd’hui cette crise sanitaire?

Je dois avouer qu’en Suisse, même moi-même médecin, nous avons pris la situation en charge possiblement assez tard ainsi que d’avoir pris au sérieux de rester chez soi et de prendre toutes les mesures de protection. Néanmoins, aujourd’hui et en tout cas dans mon cabinet et au sein de la Clinique de Genolier, la situation est bien organisée, les mesures très actives sont prises et nous nous sentons en sécurité pour nos patients et nous-mêmes. De mon côté, je m’occupe des patients suspects non vérifiés par des consultations téléphoniques et e-mail. Je m’occupe des patients testés positifs non graves avec suivi à domicile également par téléphone et e-mail. Je suis des patients avec des investigations dans une cellule COVID afin d’exclure des critères de gravité ou de maintenir une surveillance pour certains niveaux de gravité. J’avoue que la situation très atypique invoque des émotions très fluctuantes entre étant très actif sur le terrain, moment d’angoisse, et la crainte de passer à côté d’autre diagnostic pour nos patients qui évitent de consulter.

Subissez-vous aussi le manque de matériel, comme les masques par exemple?

Effectivement, ceci est une situation qui n’était pas escomptée en Suisse, un manque de matériel notamment des masques qui sont une première défense dans un milieu hospitalier. Cela me préoccupe, à savoir que l’efficacité d’un masque est d’une durée de 4 heures, on peut le prolonger 8 heures s’il n’est pas humide mais avec moins d’efficacité; à savoir que nous sommes sur place environ 12 heures par jour, 7 jours sur 7 et de penser qu’il faut économiser les masques avec le risque que nous prenons est préoccupant.

Qu’est-ce qui vous frappe le plus humainement parlant?

Personnellement, je suis très touchée par des patients que nous connaissons qui sont aux soins intensifs depuis plusieurs semaines, car même en état conservé et hors critique, ils restent labiles. Nous avons un contact avec leur famille et partageons beaucoup de compassion face à leur angoisse et leur peur pour leurs proches. Sans compter leur tristesse.

Pour mes patients COVID, devoir instaurer une certaine distance rend la consultation très différente de d’habitude. Entre les masques, gants et protection, il est difficile de transmettre l’empathie habituelle (comme toucher la main par exemple). Bien évidemment, ce qui me frappe humainement est le confinement de chacun, des personnes âgées, des parents et de leurs enfants sans parler de la situation économique et des conséquences néfastes qu’elles pourraient avoir sur certaines populations particulièrement précaires.

Comment pouvons-nous positiver?

Depuis ma propre expérience de suivi du COVID depuis 2-3 semaines, je vois plusieurs cas simples, plusieurs cas intermédiaires et quelques cas plus sévères ne nécessitant pas de soins intensifs et de savoir que les soins intensifs ne sont pas remplis sont des points positifs qui me donnent l’énergie de continuer dans cette direction. Respecter le confinement et les règles de précaution est indispensable dans le processus d’élimination du virus. Je reste positive et espère que chacun respecte de rester patiemment chez soi pour s’en sortir le plus rapidement possible.

En tant que femme et maman, quel enseignement tirez-vous de cette épreuve?

Avec le recul, nous verrons les choses très différemment. Je pense comme toujours dans ma vie que rien n’arrive sans raison, nous allons voir ce que cette expérience va nous apporter de positif dans le futur. En tant que maman, je suis étonnée d’avoir trois jeunes adultes qui s’ennuient mais qui respectent le confinement, qui prennent des nouvelles quotidiennes de leur mère et leurs proches âgés. Donc chapeau si les adolescents aussi respectent les consignes et restent prêts à aider en cas de besoin.

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