Ses prothèses dorées sont comme deux trophées, témoins de son combat, son courage, sa victoire. En octobre 2012, à 24 ans, l’Américaine Lauren Wasser frôle la mort et perd sa jambe droite à cause d’un syndrome du choc toxique contracté suite au port d’un tampon. En 2018, sa jambe gauche est aussi amputée. Depuis, le mannequin milite pour une meilleure prévention de ce mal souvent méconnu, rare mais potentiellement mortel. En décembre, elle a bouleversé les spectateurs, venus nombreux à la 4e édition de la conférence TEDxLausanneWomen, en retraçant son parcours.

 

«J’étais touchée par les réactions reçues après mon discours. Si mon histoire peut inspirer des gens, je suis heureuse», nous a-t-elle confié.

 Au lendemain de l’événement, The Girl with the Golden Legs comme la surnomme la presse, nous a longuement ouvert son cœur, au Beau-Rivage Palace de Lausanne, avant de partir visiter la ville. 

 

Vous avez commencé votre conférence TED à Lausanne, en expliquant à quel point votre conception de la beauté était limitée auparavant. 

Je n’en connaissais qu’un aspect: la perfection! J’ai grandi avec des parents mannequins, j’ai débuté comme modèle en étant bébé. Ma mère ne sortait jamais sans être parfaite. Elle passait des heures à se préparer et je détestais ça (rires). J’aime la simplicité. Je faisais des photos, mais ce n’était pas mon truc. Aujourd’hui, quand je pose pour des magazines, je sais que je fais aussi passer un message, que je contribue à montrer que la beauté se trouve dans la diversité. 

 

Comment vous est venue l’idée de dorer vos prothèses? 

J’ai toujours aimé le doré, les dents en or des rappeurs. Personne n’avait de jambes dorées. C’est devenu ma signature. Mes jambes sont comme mes bijoux. Je les adore. Je vais recevoir de nouveaux pieds pour pouvoir enfin porter des talons et j’ai des lames dorées pour courir. Je m’entraîne pour le Marathon de New York 2020! 

 

Qui est la nouvelle Lauren Wasser?

Je suis toujours la fille qui aime faire l’imbécile, qui fait sans cesse des blagues, même sur le fait que je n’ai pas de jambes. Mais à part cela, j’ai le sentiment de m’être réinventée. Je trouve intéressant que Dieu m’ait pris quelque chose de physique. Cela m’a fait comprendre que l’important, c’est le cœur, ce qu’on fait de sa vie et les expériences partagées avec ceux qu’on aime. Je me suis construite une nouvelle identité. Et aujourd’hui, je sens que rien ne peut m’arrêter. 

 

D’où tirez-vous cette force?

De Dieu justement. Il m’a permis de vivre alors que les médecins ne me donnaient que 1% de chance de m’en sortir. Ils avaient même dit à ma mère de se préparer à ma mort. 

 

Quels souvenirs gardez-vous du drame?

Je me sentais très mal. Je pensais que j’avais la grippe. Ma chienne Madison était couchée sur moi et aboyait pour que je me lève enfin, car on frappait à la porte. C’était un policier envoyé par ma mère parce que je ne lui répondais pas. Comme elle était alitée après une opération, elle ne pouvait pas venir elle-même. Il m’a juste dit de l’appeler et il est parti! J’ai téléphoné. C’est la dernière chose dont je me souviens. Ma mère a suivi son instinct et envoyé un deuxième policier chez moi. Il m’a trouvée inconsciente sur le sol. A l’hôpital, j’ai fait deux arrêts cardiaques et passé plus d’une semaine en coma artificiel. A mon réveil, j’ignorais que j’avais lutté pour ma vie. Je ne savais pas ce qui m’arrivait.

 

A quel moment vous a-t-on parlé d’amputation?

La gangrène sur ma jambe droite était irréversible, la douleur atroce. L’opération a eu lieu une semaine après. Pour moi, c’était la fin de ma vie. Au moment de partir en salle d’opération, je hurlais, je ne voulais plus le faire. Ma mère a dit adieu à ma jambe en l’embrassant. On m’a aussi amputé les orteils et le talon du pied gauche et je suis restée quatre mois à l’hôpital.

 

Vous avez déclaré avoir envisagé le suicide.

Oui. J’étais déprimée. Je me cachais chez ma mère. J’étais en chaise roulante pendant huit mois. Je ne voyais pas d’issue. Ce qui m’a retenue, c’est l’idée que ce serait mon frère de 14 ans qui trouverait mon corps car il rentrait toujours le premier. Je ne pouvais pas lui faire ça. Ni lui montrer que j’avais baissé les bras.

 

En 2015, vous sortez du silence et posez avec votre prothèse pour «Vice».

Mon ex-copine qui est photographe avait insisté pour faire ces photos. Le fait de me voir belle sur ses images m’a redonné confiance. J’ai aussi réalisé que j’étais forte, que ce drame était plus grand que moi et que ma mission était de me montrer telle que j’étais pour alerter les femmes sur le choc toxique. 

 

Saviez-vous ce qu’était ce syndrome avant d’en être victime? 

J’en avais vaguement entendu parler et comme tout le monde, j’avais lu la brève mise en garde sur les paquets de tampons. Mais quand j’ai eu la fièvre, je n’ai pas compris… Les publicités présentent uniquement des femmes qui rigolent. Elles feraient mieux d’expliquer ce qu’est le choc toxique.

 

Où en est votre combat aujourd’hui?

Je me suis jointe à la démocrate Carolyn Maloney qui tente de faire passer une loi au Congrès américain pour une meilleure mise en garde et la transparence sur la composition des produits d’hygiène féminine, dont certains contiennent de la dioxine et des traces de pesticides. Le congrès a rejeté le projet de loi dix fois! Pourtant, nous avons le droit de savoir ce que nous plaçons dans la partie la plus absorbante de notre corps. Si cela concernait les pénis, le problème serait vite empoigné. Mais comme c’est une affaire de femmes…

 

Etiez-vous également engagée pour une cause avant le drame?

Je me suis toujours battue pour ce en quoi je crois. Pour les femmes, car nous en valons la peine: nous sommes des héroïnes, nous faisons les bébés! Pour le droit de chacun de vivre son amour librement qu’il soit homo, bi, trans. Je suis convaincue que rien n’arrive par hasard. Si je n’avais pas été mannequin, personne n’aurait prêté attention à mon histoire. Je veux utiliser la plateforme qui m’est donnée pour être utile. 

 

Quels sont vos prochains projets professionnels?

Il y en a tant! Je ne peux pas encore en parler. J’aimerais aussi faire du cinéma, de la comédie. Ou, qui sait, un rôle de super-héros? Là, je bosse surtout sur un documentaire dévoilant ma réalité. Je n’ai pas choisi d’être la fille aux jambes dorées. J’ai failli mourir, ma jambe m’a fait souffrir durant six ans. J’ai décidé de l’amputer pour m’offrir un avenir. Aujourd’hui, je n’ai plus de douleurs. Je n’ai pas de sensations de membres fantômes non plus. La vie est merveilleuse, j’en profite au maximum. J’ai trouvé un sens à mon existence. Au final, quelque chose de magnifique est sorti de cet enfer.

 

 

Le Flacon

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