Si son savoir-faire de «flying winemaker» l’a hissée parmi les plus grands acteurs du monde vinicole européen, l’entreprise familiale suisse de cinq générations revendique plus fort que jamais son attachement à sa région vaudoise d’origine.

C’est au beau domaine vaudois du Château de Châtagneréaz, aujourd’hui l’une des plus grosses propriétés viticoles suisses de la famille Schenk qu’est inscrite la signature familiale. Au plafond voûté de la salle des foudres de chênes centenaires remplis du jus de la dernière récolte, François Schenk, héritier de la quatrième génération, dévoile à ses visiteurs avec toujours autant d’émotion la signature à la bougie de son arrière-grand-père Charles Schenk. Cet apprenti tonnelier, «sans famille», n’a qu’à peine 10 ans lorsqu’il commence son apprentissage dans ce château en 1864, sans imaginer que huit décennies plus tard, son fils Arnold en fera l’acquisition. De ce «petit gars», on ne sait pas grand-chose, si ce n’est que le nom qu’il porte «Schenk» est celui de sa famille d’adoption où il sera placé à l’âge de 5 ans dans la région de l’Emmental pour y travailler dur. Cet aïeul, aux origines incertaines, qu’on avait presque effacé de la photo de famille, fut en fait un précurseur dans le monde du vin. Tonnelier talentueux, il devint rapidement un caviste itinérant, vinifiant le vin des autres, sans jamais posséder de vignes.

De son père, Arnold n’héritera que d’une petite activité de marchand de vins qu’il s’évertuera dès 1910 à faire fructifier. En véritable homme d’affaires, très jeune, il s’associe avec un négociant de Rolle dont il épouse la fille. Puis rapidement, trouvant la Suisse trop petite, il part s’installer en 1915 dans le sud de la France. Il s’établit alors à Sète, dont le port maritime à l’époque est une plaque tournante majeure pour le négoce du vin et acquiert ses premiers domaines viticoles en Camargue. Parallèlement à l’acquisition de domaines suisses dans les cantons de Vaud et du Valais, l’activité de Schenk SA prend alors une véritable dimension internationale en rachetant des propriétés en Espagne puis en Italie. Aujourd’hui, l’entreprise se définit comme une «entreprise familiale aux quarante propriétés dans quatre pays». Cinq membres des quatrième et cinquième générations sont impliqués dans la marche de la société, toujours dans le giron familial. François Schenk, arrière-petit-fils de Charles, et depuis peu, ambassadeur officiel de la Maison Schenk, n’était sûrement pas celui que l’on attendait à ce poste.

En charge des stratégies de marketing et communication, il s’amuse en qualifiant son arrivée au conseil d’administration en 2015 comme celle d’«un gitan au Vatican»! S’il a toujours su qu’un jour il rejoindrait l’entreprise familiale, sa rupture avec ses parents à l’âge de 18 ans et son départ aux Etats-Unis avec l’ambition de devenir un grand reporter, en ont fait le petit «mouton noir». Après plusieurs stages peu convaincants dans divers médias, il décide finalement à l’âge de 26 ans de frapper à la porte de la Maison. S’ensuivent alors diverses expériences au sein de la branche internationale qu’il considère aujourd’hui comme de véritables «épreuves du feu». Satisfait des nouvelles orientations stratégiques adoptées par l’entreprise ces dernières années, François Schenk est enclin à davantage communiquer sur l’identité de celle-ci. «Tout avance bien depuis quelques années. On a changé diamétralement d’orientation dans la philosophie de l’entreprise. On se recentre sur nos domaines et nous ne courons plus derrière la croissance en volume, en préférant mieux valoriser ce que l’on a déjà et dans le respect de valeurs de développement durable. Plus proches des produits et des vignes, moins marchands qu’à une époque, nous contrôlons davantage la qualité de nos productions».

Malgré sa forte identité européenne, l’entreprise vinicole vaudoise est plus déterminée que jamais à revendiquer son attachement à sa région d’origine. Une association réussie il y a quelques mois avec la société Opaline (marque valaisanne de jus de fruits bio) pour relancer le célèbre jus de raisin des années 1940, le Grapillon, et un projet de reconstruction de nouvelles caves à Rolle en sont les illustrations. Ce dernier chantier, maintes fois reporté, devrait enfin voir le jour en 2023. Plus qu’un site de vinification et de stockage redimensionné et pourvu des dernières technologies, il s’agit aussi de créer une belle vitrine des domaines de la famille, que l’on pourrait visiter mais dont on pourrait aussi déguster les meilleurs crus.

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