Photographie : Valdemar Verissimo

Reconnu coupable d’acceptation d’un avantage par le Tribunal de police, le politicien genevois reste candidat à sa propre succession au Conseil d’Etat.

Est-ce de l’entêtement? Ou simplement l’expression d’une ambition politique inachevée? A sa place, d’autres auraient jeté l’éponge depuis longtemps, vaincu par l’opprobre populaire. Pierre Maudet, lui, est toujours là. Droit dans ses bottes. Sans parti, certes, mais avec ce besoin, quasi viscéral, de servir ses électeurs. Depuis la mi-janvier, fort d’une permanence itinérante dans le canton, il a ainsi offert ses services de consultant aux victimes de «violence administrative» provoquée par la crise sanitaire. Surtout, candidat à sa propre succession au Conseil d’Etat, il mène sa campagne en solitaire, seul contre tous, conscient que ses moindres faits et gestes seront observés, commentés, critiqués. Sa récente condamnation par le Tribunal de police à 300 jours-amendes avec sursis pour «acceptation d’un avantage» risque pourtant bien de freiner ses desseins.

Véritable bête politique, promis dès ses premiers pas dans l’arène à être le chef de classe. Pierre Maudet a en effet vécu une vraie descente aux enfers depuis 2018 – depuis que l’affaire d’Abu Dhabi a éclaté au grand jour. Souvenez-vous, à cette époque, le Genevois était aux portes du Conseil fédéral. Candidat à la succession de Didier Burkhalter en 2017, il s’était incliné face au Tessinois Ignazio Cassis. Partie remise, commentèrent les observateurs! L’élu PLR n’imaginait pas un instant qu’un voyage en famille, réalisé en novembre 2015 dans les Emirats, afin d’assister au Grand Prix de Formule 1, viendrait tout remettre en question.

L’information a fuité en septembre 2018 dans les médias. Pierre Maudet venait alors d’être réélu haut la main au Conseil d’Etat. Mieux: il était le seul candidat à avoir assuré son poste dès le premier tour. Président de l’Exécutif, chef des départements du développement économique et de la sécurité, il était le «roi du monde». Presque intouchable. Jalousie? Vengeance personnelle? Cet automne-là, on apprend que ce voyage à Abu Dhabi, d’une valeur de plus de 50 000 francs, organisé par son chef de cabinet, Patrick Baud-Lavigne, a été entièrement financé par l’émir Mohammed ben Zayed Al-Nahyane. A ses yeux, il le dira lors de son procès, c’était juste un moyen de «resserrer les liens entre le canton et les Emirats».

Animal blessé, Pierre Maudet se réfugie d’abord derrière le mensonge pour tenter d’endiguer la crise. «Pour protéger ma famille», expliquera-t-il. Il finit cependant par un acte de contrition sur le plateau de la chaîne Léman Bleu. Soupçonné d’acceptation d’un avantage, il voit sa marge de manœuvre fondre comme neige au soleil. On lui retire la sécurité, la présidence du Conseil d’Etat, on le somme de démissionner… On découvre encore qu’un sondage, commandé par ses soins pour connaître les préoccupations des Genevois en vue des élections cantonales, avait été payé par une entreprise active dans l’immobilier. Son coût: 34 000 francs. «Il n’y avait rien de pénal, cela relevait d’un financement normal de campagne», conclura le Tribunal de police sur ce point.

 

Pierre Maudet, lui, fait le dos rond. Résiste malgré les dossiers embarrassants qui sortent des tiroirs. Rien ne lui est épargné: ni cette autorisation délivrée à un bar dans le quartier des Grottes alors que le dossier est incomplet, ni cet anniversaire organisé dans ce même bar et financé par l’un de ses exploitants, personnage omniprésent dans cette affaire, ni ses «maladresses» fiscales… Exclu du PLR en août 2020, le Genevois finit par démissionner du Conseil d’Etat deux mois plus tard, alors que ses collègues lui reprochent ses méthodes managériales au sein du Département du développement économique.

Aujourd’hui, reconnu coupable, Pierre Maudet se retrouve face à un autre «juge»: le peuple genevois. Lui pardonnera-t-il ses errements? Cette erreur de jugement? Ses mensonges à répétition? Ou le politicien aura-t-il droit à une seconde chance? Le 7 mars, le verdict des urnes sera impitoyable. Et, cette fois, il ne sera plus question de faire appel…

Jean-Luc Bideau, monstre sacré, fragile et volubile

Jean-Luc Bideau, monstre sacré, fragile et volubile

Jean-Luc Bideau était l’invité de Festival du 7e Art dont Vincent Perez est le président et l’initiateur de ce magnifique projet. Pour cette 5e année, il a réuni à nouveau réuni des invités prestigieux comme Willem Dafoe, Elsa Zylberstein, Daniel Brühl, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Jean Dujardin, Irène Jacob, Marie Gillain, Anne Brochet, Marthe Keller…

lire plus

Pin It on Pinterest

Share This