L’actrice de «The Killing» était l’invitée du 29e Geneva International Film Festival (GIFF) pour sa nouvelle série «Prisoner», achetée par Canal+.

Rangés, les pulls en laine de Sarah Lund, le personnage d’enquêtrice qui lui avait offert une reconnaissance internationale en 2007 grâce à la série culte «The Killing», pionnière du Nordic Noir. Sofie Gråbøl porte aujourd’hui l’uniforme. L’actrice, connue pour l’intensité de son jeu, illumine «Prisoner», un drame carcéral danois haletant, tourné caméra à la main pour une immersion complète dans un pénitencier vétuste, aux murs aussi hostiles que l’ambiance. L’histoire, déroulée en six épisodes de 60 minutes, nous plonge aux côtés, non pas des détenus, mais des gardiens. Pour pallier le manque d’effectif, beaucoup ont pris l’habitude de fermer les yeux sur le trafic de drogue et la violence qui gangrènent leur lieu de travail. Jusqu’au jour où cet ordre précaire des choses bascule: la direction de l’établissement doit démontrer qu’il est irréprochable pour éviter sa fermeture et la perte des emplois.

 

Sofie Gråbøl interprète la gardienne Miriam. Ou plutôt, elle est la gardienne Miriam, tant chacune de ses expressions, de ses nuances sonnent juste. Dans cet univers déshumanisé par ses collègues, elle se bat chaque jour pour traiter les hommes incarcérés avec dignité. «Mais avec une telle pression, elle risque de finir à son tour par perdre toute empathie», souligne la comédienne lors de notre entretien dans le cadre du GIFF, où elle est venue, début novembre, présenter «Prisoner» en première suisse. Déjà diffusée avec succès au Danemark, la série a récemment été acquise par plusieurs chaînes, dont Canal+ et la BBC.

 

L’empathie, qualité primordiale pour Sofie Gråbøl, elle a justement pu en explorer les limites à travers Miriam, femme isolée, prête à beaucoup pour protéger son fils toxicomane: «La série s’interroge sur ce qu’est vraiment la liberté. Les gardiens ne sont pas incarcérés, mais on découvre qu’ils sont enfermés dans leurs problèmes personnels. Est-on libre par exemple quand on est mère? À quel moment commencez-vous à transiger avec vos propres valeurs?, demande l’actrice, elle-même maman de deux grands enfants. Je n’ai jamais joué un personnage que je n’avais pas pris le temps de comprendre. C’est le cadeau que me fait mon métier, qui consiste en un exercice d’empathie permanent pour s’identifier à des gens faisant des choix souvent très différents de ceux qu’on ferait.»

 

Il y a un an, Sofie Gråbøl était cheffe d’un service de maternité dans la première saison de «The Shift». Puis, une femme atteinte de schizophrénie dans le long-métrage Rose, de Niels Arden Oplev. Après 38 ans de carrière, dont deux films signés Lars von Trier, elle ne se lasse pas d’apprendre à être quelqu’un d’autre: «Quand j’ai commencé, à 17 ans, j’étais contente quand le rôle était lisse, logique. Avec le temps, j’ai découvert le nombre infini de contradictions que peuvent recéler un personnage, une scène, une réplique, et c’est ce qui me fascine.» Cette passion du jeu, un cancer du sein y avait brutalement mis un coup d’arrêt en décembre 2012, la forçant à enchaîner hospitalisations et chimiothérapies pendant un an. «Pour moi, il y a un avant et un après. Cela n’a pas changé qui je suis, mais c’était une crise personnelle d’une telle ampleur qu’elle a totalement changé ma perception de la vie et, aussi, de ma vie professionnelle parce que je pense qu’après une telle expérience, on comprend mieux ceux qui traversent une crise, quelle qu’elle soit.» Et d’ajouter: «Il se peut que je sois aussi plus disposée à prendre des risques professionnellement.»

 

Des risques, comme s’attaquer à un rôle rendu célèbre par celle que la Danoise qualifie de «meilleure actrice du monde»: «Je vais jouer dans une pièce adaptée du roman «The Hours» de Michael Cunningham. Je suis impatiente de remonter sur les planches, mais aussi très nerveuse parce que je reprends le rôle tenu par Meryl Streep dans l’adaptation au cinéma.» Avant de rentrer à Copenhague pour attaquer les répétitions, Sofie Gråbøl se réjouissait d’avoir quelques heures à disposition pour découvrir Genève où elle n’était venue qu’une fois, en coup de vent, à ses débuts. «Je repars demain, alors même s’il pleut, je vais aller me promener. Tout a l’air tellement beau!», lance-t-elle dans un au revoir.

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