Nihao,

On ressent l’envie de vous envoyer un message de réconfort depuis Shanghai où nous avons vécu notre période de confinement… respectez les consignes et ça va payer! Il va y avoir un mois un peu délicat, mais il semble que cela soit la bonne méthode vu les résultats ici.

Depuis une semaine la vie est presque comme avant et on parle d’une ville de 20 millions d’habitants, donc plutôt un endroit à forte concentration humaine. Les Chinois ont été très disciplinés et ont appliqué à la lettre les mêmes règles que le gouvernement français a mises en place depuis mardi. Nous sommes sortis ensemble tous les jours pour nous promener dans les rues désertes de Shanghai pour des balades de deux heures avec notre chien. D’ailleurs, soit dit en passant, on ne s’est jamais fait contrôler ou arrêter dans la rue, et il n’y a pas eu une présence policière particulière pendant la période. En revanche, prise de température systématique avant de rentrer chez nous ainsi que dans tous les magasins alimentaires, notre immeuble n’acceptait aucun visiteur, et il nous a fallu montrer un passe pour franchir la grille et aucun livreur n’était autorisé à rentrer. Un amas de cartons en permanence dans l’entrée ou dans la rue… quel trafic!

On a vécu aussi quelques moments de stress quand des gens passaient dans les rues avec des haut-parleurs sans qu’on sache de quoi il retournait et que tous les murs étaient placardés de nouvelles consignes ou règles en tous genres sans pouvoir les lire. Aucun de nos voisins ne parle anglais, la barrière de la langue a donc bien rajouté un peu de piment à l’expérience.

On aurait envie de vous raconter notre expérience mais on sait que vous êtes tous super occupés en télétravail alors on dira juste que les longues balades, Netflix («Ozark»), les réunions épiques avec multiples bugs informatiques, des sessions de «e-Pilates» avec notre prof au bout du fil, le 20h de France 2 tous les jours où on voyait Arnaud Miguet raconter la Chine depuis Wuhan (quelqu’un sait où il est maintenant d’ailleurs?), quelques scrabbles et deux Goncourt (dont un toujours pas fini d’ailleurs) nous ont permis de passer six semaines en tête à tête et malgré cela nous envisageons de passer notre retraite ensemble. C’est un peu ça un confinement à deux finalement… la retraite avant l’heure, à la maison tous les jours, trois repas par jour à préparer, une routine qui s’installe, quelques hobbies… mais espérons que cela ne devienne jamais l’isolement social qu’on a vécu. 

Enfin, à signaler que le géant Alibaba a développé, avec les autres poids lourds du secteur digital chinois, une app qui en fonction des déplacements individuels, et collectifs, est capable d’évaluer votre risque contagieux. La petite app vous qualifie de vert, orange ou rouge et cela vous permet de vous déplacer et, après le scan de votre petit QR code perso, de rentrer dans des lieux publics… ou pas. Et à cela s’est ajoutée une géolocalisation des personnes infectées en temps réel accessible à tous pour mettre en garde. Des moyens employés pour endiguer l’épidémie qui feraient débat partout dans le monde mais qui font réfléchir en temps de grande crise sanitaire moderne. Et en parallèle de ces prouesses digitales «orweliennes», nous avons découvert le système beaucoup plus analogue du «distributeur de cure-dents» pour pouvoir appuyer sur les boutons d’ascenseur. Décidément, le Chinois est aussi tech que débrouillard.

On pense bien à vous, nous qui de notre côté vivons maintenant la crise une deuxième fois, cette fois à distance, ce qui est tout aussi difficile. Mais après deux mois, on se sent en sécurité ici et cela fait une grande différence.

On vous fait confiance pour respecter les consignes basiques et être un petit peu chinois pour une fois. 

On vous embrasse bien fort.

Lettre anonyme

Joachim Son-Forget ouvre les vannes

Joachim Son-Forget ouvre les vannes

Le député des français établis en Suisse et au Liechtenstein assume toutes ses provocations. Bouffon et stratège, cet anticonformiste extraverti voue sa vie au travail, se cache dans la lumière crue de ses fanfaronnades. Vilipendé par les uns, loué par les autres, il trace son propre chemin sur le fil du rasoir. Interview.

lire plus

Pin It on Pinterest

Share This