Caroline Scheufele, l’énergie du diamant

Paris Match Suisse |

Le dimanche est pluvieux. C’est dans sa propriété aux portes de Genève, entre les vignes et le bord du lac, que Caroline Scheufele, présidente du Groupe Chopard, nous reçoit. Un entretien à retrouver en intégralité dans ce Paris Match Suisse.

Son « home » (comme elle le nomme avec tendresse) se cache derrière une imposante porte, au détour d’un virage. Entouré de thuyas à perte de vue, l’environnement se respire comme une nostalgie, poétique et presque mystérieuse. Une forêt de verdure dissimule le jardin secret de Caroline. Il faut montrer patte blanche. La porte s’efface alors sur une interminable allée boisée. Après une première maison sur la droite, on découvre la demeure.

Sur le seuil, le couple d’employés de maison et Byron, le chien ambassadeur, nous accueillent aimablement. On découvrira plus tard que Byron a huit frères et sœurs gambadant librement entre parc et maisons. Et jamais seuls. Lorsque Caroline voyage, ce qu’elle fait plus de six mois par année, la famille chiens-chiens est confiée sur place aux bons soins des employés.

Caroline apparaît. Radieuse. Une silhouette d’adolescente, dans une robe noire en lainage et de longues bottes assorties en daim. Un collier de sa création valorise encore cette tenue sobre, si casual. Elle sourit aussi avec ses yeux, à la fois enjoués et malicieux. Le rire enfantin se laisse surprendre comme par enchantement.

Byron tient à se faire remarquer. Il pose son doudou sur le pied de sa maîtresse. Tu joues ou pas ? Byron est l’ambassadeur Chopard à Cannes. Il joue ce rôle depuis l’âge de deux mois. Et fait avec bonheur ses relations publiques sur la terrasse. Caroline le prend partout avec elle, il loge aussi dans son appartement parisien.

Caroline a neuf chiens mais pas encore d’enfant. Un regret ? La réponse fuse : on ne peut jamais dire jamais

Décor aux tentures lourdes et riches, l’intérieur flirte avec un certain romantisme XIXe siècle précoce, tout en amplitude. Une pièce aux allures de volière, des salons regorgeant de meubles anciens et rares. Soudain très différente, une très grande cuisine contemporaine dont la verrière ouvre sur le lac un dimanche déchaîné. Les éclairs d’orage baignent le lieu d’une atmosphère particulière. Fleurs blanches dans toute la maison. Caroline aime les fleurs de cette couleur, mais aussi violettes ou mauves. Elle avoue faire une exception pour les tournesols, les fleurs préférées de sa grand-mère.

Dans le salon principal, une collection de tableaux anciens de plusieurs époques. Maîtres belges ou français représentant tous des moutons. Des moutons ! Son aveu est étonnant. Quand elle était enfant, sa mère lui disait souvent : «Tu es trop gentille, comme un mouton. » Et bizarrement, la petite fille s’est intéressée à eux. Elle s’y est attachée et en a fait une collection. Pour Caroline, un mouton, c’est doux et intelligent. Quatre chiens nous rejoignent. Ils se précipitent joyeusement sur leur maîtresse.

Le moment idéal pour parler d’amour. Après un divorce, Caroline avait redécouvert la douceur du bonheur. Elle a filé le parfait amour pendant quelques années. Aujourd’hui, la relation semble suspendue à un fil. Pause, rupture définitive ? L’avenir le dira.

Caroline a neuf chiens mais pas encore d’enfant. Un regret ? La réponse fuse : on ne peut jamais dire jamais. Et à notre époque tout est possible ! « Bien sûr, je pourrais élever un enfant seule. »…

Voilà qui est dit. La créatrice se dit très positive dans toutes les situations de la vie. En amour, rien n’est jamais fini. Une situation délicate ? Elle choisit d’en rire. Pour elle, souvent les hommes préfèrent les femmes bêtes. Elle se reprend, modère son propos, disons dépendantes, et pas trop intelligentes. C’est plus facile ! Caroline en profite pour dire que sa mère avait raison : elle a toujours été trop gentille. Est-ce si évident pour un homme d’être auprès d’une femme belle, intelligente, fortunée de surcroît ? Caroline précise s’être toujours mise en retrait, œuvrant constamment pour que ses hommes soient sur le devant de la scène.

Malgré ces égards, c’est le plus souvent elle qui se retrouve sous les projecteurs. Que ce soit à Cannes, ou encore cet automne lorsque Chopard a reçu deux distinctions au Prix de l’horlogerie à Genève. « J’ai fait des jaloux, dit-elle mi-amusée, mi-résignée. » Son frère Karl Friedrich a quand même reçu l’Aiguille d’or pour une montre de femme…

Même si elle prend une baffe, le risque ne lui fait pas peur

Dirait-elle qu’amoureuse rime avec jalouse ? Une évidence : si l’on aime, on est forcément jaloux ! Et quand la confiance est brisée, difficile de recoller les morceaux. Il en restera toujours quelque chose. Et dans quelles circonstances Caroline est-elle prête à faire le premier pas ? Eh bien oui ! Elle se dit toujours prête, dans n’importe quelle situation. Pacifique, elle aime la paix. Et même si elle prend une baffe, le risque ne lui fait pas peur. Elle n’est pas orgueilleuse. Caroline évoque aussi sa passion pour la vigueur que lui insufflent les pierres. Cette énergie est-elle plus importante que l’amour ? « Il me faut les deux. Je ne couche pas avec des diamants. »

Elle reconnaît le privilège de la richesse. Sa vraie chance, c’est surtout de vivre dans un pays encore plus ou moins en paix. Elle se sent si triste de ce qui se passe au Moyen-Orient. La Suisse lui plaît. C’est un pays paisible. Très accueillant. Les Suisses sont courtois et travailleurs. Elle sait ce que cela représente.

Le temps de se retrouver dans la cuisine, un verre de jus de citron à la main, Caroline confie devoir ce physique enviable à une alimentation saine. Principalement faite de légumes. Elle joint le geste à la parole et nous ouvre son réfrigérateur débordant de verdure. Caroline mange peu de viande. De moins en moins. Non qu’elle soit végétarienne, mais cela ne l’attire plus. Pendant la journée, elle boit énormément. Le matin, elle mélange deux citrons pressés à un litre d’eau d’Evian. Et dès que Caroline ouvre les yeux, elle boit un verre de citron pressé plutôt tiède. Son petit-déjeuner se résume à un café et un jus de pamplemousse. La faim vient plus tard dans la matinée.

Caroline s’assoit sur le plan de travail. Peut-on imaginer cette femme d’affaires en cuisinière ? Eh bien oui ! Caroline fait beaucoup de dîners à la maison avec des clients-amis. Les soirées conviviales et joyeuses, l’enchantent car elle dort peu. Six heures lui suffisent. La créatrice récupère dans les avions et le week-end. Mais à neuf heures du matin, il ne faut pas lui parler, elle n’est pas bavarde. Elle écoute les nouvelles. Et si son moral n’est pas au beau fixe, elle opte pour la musique, classique ou des chansons d’amour italiennes ou françaises. Le dimanche, son petit luxe ? Monter son plateau de petit-déjeuner au lit et lire les journaux en toute quiétude.

Caroline a reçu cette maison de son père. Il la lui a offerte il y a vingt ans. Mais avec une condition ! Trouver une maison où son père pourrait venir à vélo depuis la sienne. Aujourd’hui, un coup de pédale et son père est là ! La créatrice a tout refait dans sa maison. Sauf la tapisserie anglaise avec les roses. Par chance, elle a retrouvé la même.

Avant de nous quitter, nous lançons Caroline sur un sujet brûlant. A Cannes et ailleurs, la présidente du Groupe Chopard côtoie tous les grands noms du cinéma et ne devait pas ignorer l’affaire Harvey Weinstein. Choquée ? Caroline ne l’est pas. Il fallait que cela sorte un jour ! Le phénomène était connu de tout le monde et selon, la prêtresse du Festival de Cannes, il a été planifié pour sortir au bon moment afin que d’autres événements passent inaperçus. Elle fait référence à certaines actions politiques, par exemple. D’ailleurs, le harcèlement lui semble monnaie courante dans ce domaine. Madame Chopard va jusqu’à se référer à l’affaire Roman Polanski, mettant en avant beaucoup de choses indignes qui ont été tuées dans l’œuf.

Etre femme et patron d’un groupe comme le sien ne lui semble ni difficile ni non plus grisant. Au risque de nous étonner la femme d’affaires le vit plutôt à son avantage. Beaucoup d’hommes sont extrêmement bien élevés et plutôt flattés et admiratifs.

Retrouvez cet article dans notre édition Paris Match Suisse

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