Comédie fédérale

Paris Match Suisse |

 

Quatre candidats sont en lice pour deux places au gouvernement. Il y a quelques semaines encore, personne ne les connaissait. Tant mieux!

Ce sont nos présidentielles. Sauf qu’elles ne passionnent pas grand monde, sinon le microcosme politique. A rythme régulier, l’automne venu, un membre du Conseil fédéral annonce son retrait. Parfois deux. Ces choses-là ne se programment pas, les règles sont strictes: le choix du moment est personnel.

Ainsi donc en 2018, Johann Schneider-Ammann, ministre de l’Economie, dont beaucoup de Romands ignorent l’existence et la majorité l’orthographe, a décidé de s’en aller. «La Suisse est un petit paradis», a-t-il déclaré pour la postérité, avant de fermer la porte. La formule vaut son médicament anti-crise. Quelques jours plus tard, au tour de la reine Doris Leuthard, responsable flamboyante des transports, énergie et quelques autres dossiers qu’elle maîtrise à merveille, d’annoncer son départ. Qu’on se rassure, ces deux-là seront remplacés.

Les journaux sont donc remplis, en cette fin d’automne, d’interviews et de grands portraits et tous les grands dossiers du pays sont revisités. Faut-il un accord-cadre avec l’UE? Et le congé paternité? Et l’âge de la retraite? Signeriez-vous le pacte pour les migrations, et autres questions précises et peu glamour. Les candidats ont un avis sur tout, mais surtout un avis, dirait Coluche. Car il faudrait un expert en nanobactéries, un spécialiste de l’infiniment petit, pour détecter la moindre différence entre eux. Tous cherchent des «solutions de compromis» dans ce pays heureux où le plus rassembleur sera élu par l’Assemblée fédérale, au matin du 5 décembre. L’art de l’exercice réside donc dans l’esquive. Il reste les personnalités des candidats, les «affaires», qui n’en sont que rarement, et surtout les calculs personnels des députés et de leurs partis.

Ces dernières années, les favoris ont presque toujours gagné et les journalistes n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la plume. La Suisse aura très probablement trois femmes au gouvernement au matin du 6 décembre. Un modèle quasi nordique. Tant mieux! L’administration fédérale reprendra alors les rênes du pays, car les conseillers fédéraux n’ont pas le poids qu’on leur prête. Le secret est bien gardé. Ainsi va ce pays, heureux, à la mécanique efficace. On n’y cherche ni recette miracle ni sauveur providentiel. Les élections sont ennuyeuses. Tant mieux!

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