PIERCE BROSNAN: «J’AIME LA SOLITUDE QUE PROCURE LE TRAVAIL DE PEINTRE»

Paris Match Suisse |

Son nom a été Bond, James Bond. Et lorsqu’il apparaît en janvier au Salon International de la Haute Horlogerie à Genève (SIHH), Pierce Brosnan semble presque avoir repris du service tant il en impose par son élégance, sa stature et son flegme imperturbable face à la foule qui l’immortalise sur le stand de Speake-Marin. Mais durant notre entretien, l’acteur irlandais de 65 ans, naturalisé américain, se révèle être un homme décontracté, accessible et rieur. D’une voix posée, il se confie sur sa famille, sa carrière mais aussi la peinture qui l’a aidé à surmonter les drames de sa vie.

Paris Match Suisse. Après un premier passage en 2017, vous êtes de retour au SIHH pour Speake-Marin. Pourquoi êtes-vous ambassadeur de cette marque suisse?
     Pierce Brosnan. Je suis un amoureux des montres. J’avais rencontré le fondateur de la marque en 2014 sur le tournage de «Survivor» où j’incarnais un horloger. Il était notre consultant. Nous sommes vite devenus amis et il m’avait proposé de devenir ambassadeur.

Avez-vous pu visiter Genève?
     Oui, je me suis baladé. J’ai trouvé un magnifique magasin d’art où j’ai acheté des linogravures et des couteaux à graver faits main en Suisse. Je fais beaucoup de linogravures dernièrement, à côté de la peinture.

Vos œuvres font de plus en plus parler d’elles. L’une de vos toiles s’est vendue 1,4 million de dollars au dernier gala de l’amfAR à Cannes!
     Oui, c’était fou! C’est encourageant!

 

 Comment avez-vous commencé à peindre?
     Jeune, je rêvais déjà d’être artiste mais je n’avais pas de formation. A 16 ans, j’ai trouvé une place de dessinateur publicitaire à Londres. Je passais mon temps à tracer des lignes droites et à arroser les plantes. En 1982, quand je suis parti aux Etats-Unis, j’ai acheté toiles et pinceaux, bien décidé à peindre. J’ai été engagé pour «Remington Steele» et tout a fini dans un placard. Je m’y suis remis cinq ans plus tard quand Cassie, Dieu la bénisse, a eu son cancer (ndlr: l’actrice Cassandra Harris, qu’il a épousée en 1980, a succombé à un cancer de l’ovaire en 1991).

Pourquoi?
     Une nuit, à 4 heures, angoissé, désespéré, j’ai ressorti mon matériel et j’ai peint jusqu’au matin. Comme Cassie a aimé, j’ai continué. Et j’ai développé mon style, toujours très coloré.

La peinture a été une sorte d’exutoire à la tristesse?
     Oui. Même aujourd’hui, je peins mieux quand je suis mélancolique et seul. Mais je peins aussi quand je voyage.

Avez-vous réalisé un tableau à Genève?
     J’ai fait une linogravure représentant le lac et les Alpes avec les outils achetés à Genève. 

Le cinéma est un jeu. Même s’il faut y jouer sérieusement, car cela reste un business.

Vous vous êtes beaucoup engagé dans la prévention contre le cancer qui a également emporté votre fille Charlotte en 2013 (ndlr: elle et Christopher, nés du précédent mariage de Cassandra, ont été adoptés par Pierce en 1986 après le décès de leur père).
     Oui. Perdre ma fille a été terrible. Elle a eu le même cancer que sa mère. Le cancer est étrange, insidieux et malheureusement si répandu. Le combat doit continuer. Avec Keely (ndlr: sa seconde épouse, la journaliste Keely Shaye Smith), nous effectuons aussi beaucoup de travail pour la sauvegarde de l’environnement. Un autre engagement essentiel pour nous, surtout de nos jours. Nous avons un président en Amérique qui ne croit pas au changement climatique! Il est incontrôlable. Nous devons donc renforcer la résistance.

Vous avez fêté en 2018 vos 25 ans avec Keely. Quel est le secret de longévité de votre couple?
    Je l’ignore! (Rires). On s’aime, on s’entend bien, on sait régler les problèmes, on parle beaucoup. Keely a été mon roc. Elle m’a aussi permis d’avoir la carrière que j’ai en me laissant aller jouer aux agents secrets, à la star, dans un monde d’illusions. Elle a accepté tout ce non-sens.

Vous qualifiez vos succès de non-sens?
     Parce que ce n’est pas ça, la vraie vie. Le cinéma est un jeu. Même s’il faut y jouer sérieusement, car cela reste un business.

Etre considéré comme l’un des acteurs les plus sexy de Hollywood, c’est beaucoup de pression?
     (Rires). Non, j’ai toujours pris ça à la légère. Je fais du vélo, du paddle, du yoga ou de la boxe pour rester en bonne santé, pas pour rester sexy.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre physique?
     Je dirais le fait que j’ai encore des cheveux! De bons cheveux irlandais!

Vous avez élevé cinq enfants, Charlotte, Christopher, 46 ans, Sean, 35 ans, Dylan, 22 ans, et Paris, 17 ans. Quelle éducation leur avez-vous donné?
     Je leur ai appris à s’écouter et à avoir le courage d’être qui ils sont. Je leur ai appris la gentillesse, la discipline et l’importance des études. Dylan est à l’USC School of Cinematic Arts à Los Angeles. Paris veut intégrer la même école. Sean qui est auteur, réalisateur et producteur, vient d’ailleurs de reprendre des études pour devenir psychologue. Etre père a été mon plus beau rôle. Difficile par moments, mais tellement épanouissant sur le plan émotionnel, spirituel et humain.

Et au cinéma, quel a été votre rôle le plus difficile?
     Je m’investis toujours autant dans chaque film, mais je dirais James Bond car il est si aimé du public qu’on doit donner le maximum pour être à la hauteur.

«Forbes» a établi que vous avez été le Bond le plus meurtrier avec 135 morts en 4 films sur un total de 405 morts en 24 films. C’est d’autant plus étonnant quand on vous rencontre car vous semblez si calme et pacifique.
     (Rires). C’est vrai, c’est dingue non? En général, je ne lis pas trop ce qu’on écrit sur moi, mais je suis tombé sur cet article et cela m’a étonné.

Votre passion pour le métier d’acteur est-elle toujours intacte?
     Oh oui! Même si la fatigue se fait ressentir parfois. J’aime bosser dur mais je prends aussi beaucoup de temps libre. En 2018, j’ai ainsi pu accompagner Keely sur le circuit des festivals pour son documentaire sur les tests de pesticides à Kauai, «Poisoning Paradise», qui a gagné de nombreux prix.

La retraite, vous y pensez parfois?
     Je pense peindre davantage. J’aime la solitude de la peinture et l’amitié des peintres.

 

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