Charlotte Gainsbourg « J’ai écrit pour réinvestir mon histoire »
Paris Match Suisse |

Habituellement réservée et soucieuse de préserver sa vie privée, Charlotte Gainsbourg a pourtant écrit un premier album intime et personnel et se livre sans fard dans ces colonnes.
Paris Match Suisse: Vous avez débuté votre tournée à Genève en février et revenez le 4 décembre… Ressentez-vous un attachement particulier à la Suisse?
Charlotte Gainsbourg: C’est vrai que j’aime beaucoup la Suisse! Je conserve un excellent souvenir de l’année que j’y ai passée lorsque j’étais en pension à Beau Soleil à Villars-sur-Ollon avant de tourner «L’Effrontée». J’ai également connu de très belles expériences musicales en Suisse, notamment à Montreux.
Vous avez été sacrée artiste féminine de l’année aux Victoires de la musique. Cette nouvelle récompense revêt-elle une saveur particulière?
Elle m’a beaucoup touchée et flattée. Je ne m’y attendais pas et cela l’a rendue encore plus belle. Mais sacrer quelqu’un «Artiste» ou «Album de l’année» est tout de même un peu étrange, même si cela fait extrêmement plaisir! Quand on gagne, on est très heureux et quand on perd, on oublie très vite!
Le succès populaire de «Rest» est incontestable.
J’en suis infiniment touchée! La vie de l’album, les retours sur lui sont tellement positifs et enthousiastes! C’est la première fois que j’écrivais moi-même les textes et je me sentais vulnérable. Alors, susciter de telles réactions m’a énormément portée et me porte d’ailleurs toujours.
Avez-vous eu conscience de réaliser un album assez universel alors même que vous abordez des thèmes de manière très personnelle?
Non, pas du tout. C’est étonnant d’ailleurs. Comme je n’avais jamais écrit avant «Rest», mon seul moteur était d’être sincère. Lorsque j’ai réalisé que les gens étaient vraiment touchés par ce que je racontais, ma démarche est apparue très légitime et absolument pas impudique. Mon métier l’est et ma nature timide s’en accommode.
Vous évoquez, dans cet album, de manière très intime, la perte de vos proches, votre douleur, sans filtre: son écriture a-t-elle été difficile?
J’ai en effet trouvé très difficiles les étapes qui m’ont conduite concrètement à assumer le fait d’écrire. Cela m’a pris pas mal d’années et c’est grâce à Connan Mockasin que je m’y suis vraiment mise. Il m’a permis de réaliser que je préférais mes propres textes imparfaits à d’autres super-bien écrits, léchés, mais qui me ressemblaient moins.
Cet album vous ressemble, c’est certain! Son écriture vous a-t-elle fait du bien?
Oui, sans être nécessairement une thérapie. Parler de deuil, de la perte d’êtres chers, ne soulage pas. J’ai adoré écrire mais cela ne m’a pas pour autant apaisée.
Et avez-vous envie de recommencer?
Oui! Mais j’ai besoin de collaborer avec quelqu’un. J’ai adoré travailler avec Sebastian; je pourrais travailler à nouveau avec lui s’il en avait envie.
Pour en revenir à vos collaborations musicales, Paul McCartney vous a écrit une chanson. Quel souvenir conservez-vous de cette expérience?
C’était vraiment magique! Notre première rencontre a eu lieu il y a un peu plus de sept ans. Je lui ai proposé de m’écrire une chanson que je pourrais chanter. Et il l’a fait! J’ai donc conservé sa chanson jusqu’à ce que je rencontre Sebastian et que l’on commence à vraiment travailler à un album ensemble.
Est-ce que le résultat lui a plu?
Beaucoup! Il est même venu à New York et a enregistré avec nous à «Electric Lady»: une superbe expérience.
Vous dîtes dans la chanson «Lying with you», «Laisse-moi donc imaginer / Que j’étais seule à t’aimer»: écrire sur un mode très personnel vous a-t-il permis de vous réapproprier votre histoire?
Complètement. J’en ai très fortement ressenti le besoin, en particulier après la mort de ma sœur, qui elle aussi a été publique. J’avais été très éprouvée par la mort de mon père qui a appartenu à tout le monde. L’écriture m’a permis de prendre du recul et de réinvestir mon histoire.
Comment parvenez-vous à trouver votre équilibre entre vies professionnelle et familiale?
Je ne suis pas quelqu’un de très productif, car je ne sais pas faire deux choses en même temps. Je viens juste de terminer un film et je retourne à ma vie avec mes enfants. J’apprécie de faire chaque chose lentement.
Vous avez joué le rôle d’une mère vivant par procuration celle de Romain Gary, dans «La promesse de l’aube». Et vous, quelle mère êtes-vous?
Je n’en sais strictement rien! Je fais plein de bêtises, j’ai une multitude de défauts et c’est ce qui me constitue.
Vos enfants, qui apparaissent dans plusieurs des clips associés à «Rest» que vous avez réalisés, semblent très heureux de participer!
Je l’espère! Pour moi, c’était un grand bonheur de pouvoir partager cela avec eux.
Vous venez d’achever le tournage du film réalisé par Yvan Attal, une adaptation du livre «Mon chien stupide» de John Fante. Qu’est-ce qui vous a décidés à tourner à nouveau ensemble quinze ans après «Ma femme est une actrice»?
On en a toujours eu très envie mais on ne trouvait pas de projet qui nous corresponde réellement. Là, un vrai parallèle entre le livre de John Fante et nos vies à nous existe. Quel plaisir infini de se retrouver vraiment en famille, y compris avec notre fils, Ben, qui a tourné avec nous!
