Charline – Vendredi sur Mer

Paris Match Suisse |

Quelques jours avant son concert à Paléo, Charline Mignot, alias Vendredi sur mer, revient sur son enfance à Genève, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 20 ans. Partie tenter sa chance dans la photo de mode à Paris, elle se retrouve trois ans plus tard à la tête d’un projet de musique électro-pop classieuse et atmosphérique. Hissée au rang des talents avec lesquels il faut désormais compter, elle garde la tête froide. Rieuse et décontractée, elle se plie au jeu de l’interview avec une sincérité rare. De la trempe des grandes.

 

Quel type d’enfance avez-vous eue en Suisse ?

J’ai été bercée par la musique qu’écoutait mon père : du jazz, du rock, de la variété française. Je me souviens de William Sheller. Quand je n’aimais pas quelque chose, il n’essayait jamais de me convaincre du contraire. J’ai ainsi eu la chance de découvrir des artistes comme Alain Bashung, que je n’aurais jamais écouté de mon plein gré à 7 ans. J’écoutais Lorie, Natacha St-Pier, des musiques de jeunes filles.

Quel souvenir en gardez-vous avec le recul ?

J’écoute encore aujourd’hui « Gourmandises », le premier album d’Alizée. Mais je trouve assez flippant ce qu’on lui faisait chanter alors qu’elle n’avait que 13 ans. Je ne pense pas qu’une fille comme Britney Spears était consciente du personnage créé dans ses clips à ses débuts.

Le côté Lolita ?

Exactement. Aujourd’hui, les enfants qui participent à « The Voice » ne sont plus sexualisés de la même manière.

La vierge fait partie de la mythologie pop… Madonna l’a fait avant Britney Spears et Alizée.

Oui, mais actuellement ça ne passerait plus de la même manière. Aujourd’hui, on a tendance à tout dramatiser. Peut-être trop…

Comment l’expliquez-vous ?

Les réseaux sociaux poussent à des amalgames sexistes et racistes, alors qu’ils ne le sont pas forcément à la base. Cela incite souvent les gens à réfléchir dans le mauvais sens, ça stigmatise beaucoup.

Vous rêviez de devenir chanteuse ?

Non, pas du tout. Je rêvais plus de devenir actrice ou humoriste. J’organisais des petits spectacles pour mes parents et leurs amis qui venaient manger à la maison. J’allais me déguiser et j’improvisais un show de 15 minutes. J’aimais bien faire rire et faire des petites bêtises sympa (rires).

Déjà le goût du spectacle !

Oui effectivement, mais je ne sais pas trop d’où cela vient. A part mon oncle qui s’est mis au théâtre il y a trois ans, personne n’est comédien dans ma famille.

 Venons à votre projet musical, d’où vient le nom Vendredi sur Mer ?

Je voulais un nom poétique qui invite au voyage. On me dit souvent que mon disque a quelque chose de lunaire… J’aime les métaphores. Par exemple dans ma chanson « Lune est l’autre », je vis dans une autre galaxie dans laquelle la musique fait monter très haut avant de redescendre très bas. Je l’ai écrite en pensant aux carrières météorites des boys band et des girls band des années 2000.

Vous craignez de n’être qu’une étoile filante ?

J’ai commencé la musique par pur hasard, je ne pensais pas en arriver là où je suis il y a 6 mois. C’est très agréable de voir mon projet prendre de l’ampleur, mais ça fait aussi très peur de penser que tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre.

Comment vivez-vous ce succès naissant ?

C’est très plaisant ! Ce qui me fait le plus plaisir, ce sont les messages que je reçois sur Instagram de jeunes de 17 ans qui me disent que ma musique les aide à traverser des moments difficiles. Je préfère toucher 100 personnes qu’être adulée par un million de personnes.

La notion de partage semble très importante pour vous.

Je pense qu’il est très simple de s’identifier à mes chansons, car elles racontent ce que tout le monde vit : on a tous aimé quelqu’un profondément, on s’est tous fait largués un jour.

Quelle est la part autobiographique dans vos textes ?

Mis à part quelques passages romancés ou fantasmés, tout est autobiographique sur les 6 chansons de mon premier mini-album « Marée basse ». Il m’arrive même parfois d’écrire spontanément et de réaliser par la suite qu’il s’agit de choses enfouies. J’ai une écriture très sincère et instinctive.

Vous considérez-vous d’une génération qui se fiche des étiquettes sexuelles ?

J’ai cherché dans un premier temps à écrire des chansons engagées, mais j’ai rapidement constaté que ce ton donneur de leçon m’ennuyait à mourir. Dans l’album que je suis en train de terminer, on ne sait pas si je parle d’un homme ou d’une femme dans certaines chansons, c’est ce qui me plaît. On me dit parfois que je suis fascinée par les femmes, je dirais plutôt que je suis attirée par le féminin et la féminité. On a tous cela en nous, les hommes aussi.

Cette ambiguïté est aussi une ouverture sur le fantasme…

Oui complètement, cette part de mystère est une manière d’être plus libre dans ce que j’ai envie d’exprimer. Chacun peut s’imaginer ce qu’il veut. C’est un peu comme au cinéma, j’aime les fins un peu frustrantes, lorsqu’on ne sait pas trop s’il s’agit d’un happy end. On laisse alors partir l’imaginaire…

Vos chansons, atmosphériques et sensuelles, sont très nocturnes. Que vous inspire la nuit ?

La nuit, on fait des rencontres spéciales. Il y a quelque chose d’assez inconscient dans notre rapport aux autres la nuit, je pense qu’on se sent plus libre, plus avenant aussi. Et puis le soir, on peut s’autoriser un peu de mélancolie, c’est un moment propice à la création d’atmosphères…

La musique adoucit-elle les mœurs dans un monde chaotique ?

Je pense surtout qu’elle rassemble. J’assiste à beaucoup de concerts, notamment de rap et je le constate à chaque fois. La musique crée des liens, des affinités. Elle permet aussi de s’évader tout seul, de façon introspective avant de renouer avec l’euphorie en compagnie d’autres gens.

La pochette de votre disque évoque le côté acidulé des années 80. Que représente pour vous cette décennie que vous n’avez pas connue ?

C’est vrai (rires). C’est une sorte de fantasme, je disais souvent à ma mère que j’aurais voulu vivre son adolescence et elle me répondait qu’elle avait envie de vivre la mienne. Ne désire-t-on pas toujours vivre l’impossible ? J’aime l’esthétique de cette époque. Passionnée de design des années 70, je voulais cette atmosphère pour la direction artistique de la cover de mon disque. L’idée m’est venue d’une série de photos que j’avais réalisée qui s’appelle « Tard au bureau » dans une ambiance un peu open space.

Vous allez jouer à Paléo mardi 17 juillet, que représente ce concert pour vous ?

J’ai hâte d’y être ! Je me réjouis d’autant plus, car je vais faire visiter mon pays à mon équipe. Lorsque j’étais venue avec ma danseuse pour un concert aux Hivernales, elle paniquait à l’idée de venir en Suisse, un peu catastrophée par des concerts pas très bien organisés en France. Je l’avais rassurée en lui disant de ne se faire aucun souci : « On va en Suisse (rires), ne t’inquiète de rien ! » C’est resté son plus beau souvenir de concert.

Comment voyez-vous la Suisse depuis que vous vous êtes installée à Paris ?

J’ai beaucoup d’attachement pour ce pays et je le défends passionnément. Je répète à qui veut l’entendre qu’il y a ici des tas de choses à voir, des paysages somptueux et très différents. Quand je reviens en Suisse, je me sens apaisée.

 

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