Michel Boujenah : « En amour, l’humour ne marche pas toujours »

Paris Match Suisse |

Michel Boujenah est lié à la Suisse depuis trente ans. Il était l’un des premiers humoristes à fouler les planches du Festival Morges-sous-Rire.

 

Paris Match Suisse. Où logez-vous quand vous venez en Suisse ?
Michel Boujenah. Je loge toujours au Beau Rivage. Cet endroit est magnifique. Et les gens sont si gentils ! Comme je voyage beaucoup, le lieu où je pose mes valises est important. Il faut que je me sente bien.

Vous semblez toujours heureux de venir en Suisse …
J’ai des amis en Suisse que j’adore. Je suis très engagé dans la Fondation Children Action qui soutient les jeunes gens suicidaires. Il est très important de mettre en place pour eux un appui psychologique depuis le départ. Le taux de récidive chez les adolescents est fort.

Quelle est la différence de personnalité significative entre un Suisse et un Français ?
Les Suisses sont incontestablement moins râleurs que les Français. Je les sens « bon enfant », chaleureux et accueillants même s’ils sont peut-être moins démonstratifs que les Français. J’ai participé à la Journée des malades dans le cadre de la Clinique La Source à Lausanne. J’ai été touché par la générosité de l’initiative. Cela m’a beaucoup marqué. C’était super émouvant.

Vivre entre Paris et Saint-Paul-de-Vence, un bel équilibre ?
Je suis fasciné par la lumière de Saint-Paul-de-Vence, sans compter que ma Méditerranée n’est pas loin ! C’est pour cette raison que j’ai accepté d’assurer la présidence du Festival de Ramatuelle.

Vous dites être un homme heureux dans votre vie de couple.
Isabelle est coiffeuse. Elle a beaucoup de talent. Elle coiffe des mannequins, des actrices. Elle n’a pas une seule façon de couper les cheveux, elle en a mille. Jamais deux fois pareil. Isabelle sent la personne et adapte sa coupe à sa personnalité. Cela paraît anodin, la coiffure; pourtant, c’est extrêmement important. Se sentir bien avec sa tête est essentiel. Isabelle donne du bonheur aux gens. Elle s’occupe des femmes confrontées à la maladie. A travers son métier, Isabelle fait du bien. Mon grand-père était coiffeur. J’ai acheté son fauteuil et Isabelle a coiffé mon père dans son fauteuil. C’était une symbolique forte. Le cercle magique de la vie.

Vous dites « quand une femme veut vous parler, c’est dangereux; mais si elle ne parle pas, ça l’est encore plus ! »
Les phrases de mes spectacles, je les tire des choses de la vie. Toute mon inspiration est puisée dans notre monde et notre quotidien. Le silence est dangereux. Quand Isabelle ne parle plus, j’essaie de comprendre. Si mon fils vit un jour cette situation, je lui dirai de casser ce silence. Impératif ! Il y a des silences qui sont plus cruels, plus tranchants, plus blessants que les mots. En revanche, d’autres parlent, parlent tout le temps pour cacher des choses.

Comment désamorcez-vous la crise dans votre couple ?
J’essaie l’humour. Ça ne marche pas toujours ! On s’engueule, puis on revient les deux comme si de rien n’était. Et on se dit : « Mais on s’est engueulé, pourquoi au fait ? »

Le ciment d’un couple, les enfants, l’amour inconditionnel, la tolérance, la communication ?
On ne sait pas pourquoi on aime. L’amour, c’est un phénomène incroyable, mystérieux. Pourquoi deux êtres se rencontrent ? Le lien est inexplicable. On se construit et on évolue ensemble. Au fil des années, on change tout en restant le même. J’ai attendu la vraie rencontre pour avoir des enfants. Je les ai eus plutôt tard. Mon fils a 20 ans, ma fille, 18 ans.

Etes-vous jaloux ?
Bien sûr que je suis jaloux ! Mais pour ne pas avoir l’air trop con, je fais de l’humour.

Pourriez-vous pardonner une infidélité ?
Oui, totalement. Comme je disais: quand on aime, on pardonne. Si on ne pardonne pas, on est super-malheureux ! Les cocus, ce n’est pas une invention moderne.

Avez-vous dû vivre un jour un chagrin d’amour ?
Oui, deux terribles chagrins d’amour. Un à 18 ans, l’autre à 25 ans. C’est une épreuve presque indispensable. Comment se construire autrement ? La deuxième fois, j’étais très malheureux. Je ne voulais pas qu’elle m’oublie ! Et comme je commençais à être connu, je faisais coller des affiches devant chez elle la nuit ; des affiches que je payais moi-même.

Comment réagissez-vous à cette épreuve ?
Je me replie sur moi-même. Je ne me drogue pas, je ne bois pas. Sauf quelques Chablais du canton de Vaud ou du Bourgogne comme les Romanée-Conti.

Parlez-nous de la rencontre avec votre femme.
J’ai rencontré Isabelle lors d’un tournage. Je la sentais mélancolique. J’ai tout fait pour la faire rire. Je me fichais complètement du film dans lequel je jouais, j’avais une seule obsession : Isabelle ! Je ne pensais qu’à elle, le jour, la nuit. J’ai fait venir un de mes amis sur place. Quand il l’a vue, il m’a dit : « Là, t’es mort ! »

J’admire Isabelle car elle rend les gens heureux

Après le mariage, elle aurait pu choisir de ne plus travailler. Pourtant, elle reste active. Admirez-vous cela ?
Oui car Isabelle rend les gens heureux. C’est important, c’est formidable. J’admire cela. Nous travaillons tous les deux. Mon métier est envahissant, on a appris à s’organiser.

Vous êtes un papa-poule, une mère juive dites-vous en plaisantant, quelle éducation avez-vous prôné ?
Pas sévère du tout. Une éducation où l’on parle beaucoup. Tout le temps. Même quand on me disait que les enfants étaient trop petits pour comprendre, je développais, j’expliquais tout. Il faut aussi qu’ils sachent toujours, à chaque instant, à quel point je les aime. Les enfants, la famille, c’est le roc de notre vie. Quand mon fils a eu son bac, j’étais en larmes. L’émotion était bien plus forte que pour le mien. On devait avoir les résultats entre 18 h 30 et 19 h 30. On ne les a eus qu’à 21 h. Si j’avais pu défoncer la porte du lycée avec ma voiture !

Quelle a été la plus dure épreuve de votre vie ?
Mon départ de Tunisie en 1963 et ma première année d’école en France. C’était une école de merde et une année terrible. Le froid aussi qui me glaçait. J’étais pitoyablement malheureux. Je ne souhaite à personne d’être aussi malheureux.

Quels sont vos rêves aujourd’hui ?
Que mes enfants qui s’approchent de l’âge adulte soient heureux, qu’ils aient les armes pour affronter ce monde d’intolérance et de violence. Et que je continue à raconter des histoires même si je suis plutôt en fin de parcours qu’au début. Plus tard, j’aimerais aussi beaucoup voyager, découvrir la cordillère des Andes, l’Afrique …

Qu’est-ce qui reste essentiel dans votre vie ?
Mes enfants, ma famille. Ne pas vivre en dehors du monde, s’accrocher au combat écologique et préserver la planète.

De quoi auriez-vous peur ?
Que la société du profit prenne le pas sur la vie et qu’elle exclue son rôle sociétal.

Retrouvez cet article dans notre édition Paris Match Suisse

Toute reproduction interdite

Le dernier livre de Massimo Gargia : « la double vie »

Le dernier livre de massimo gargia : «la double vie» Paris Match Suisse | Publié le 18/10/2018 Anne-Marie Philippe « Je découvrais que l’argent et le sexe étaient en interrelation permanente » écrit Massimo Gargia. Découverte qu’il a, sans aucun doute, su mettre à...

Ils affrontent la maladie avec dignité

Ils affrontent la maladie avec dignité Paris Match Suisse | Publié le 15/11/2018  Bertrand Monnard  Jean-Claude Biver, Léonard Gianadda et Pierre Naftule, trois célébrités romandes, sont gravement atteintes dans leur santé.Ce sont trois des personnalités les plus en...

Maurice Lacroix: réaffirmer l’identité

La célèbre marque de montres jurassienne née dans les années 70 poursuit sa renaissance, portée par un marketing innovant et la réinvention d’un modèle emblématique. A la barre, le Managing Director Stéphane Waser a su traverser les tempêtes de l’industrie.

Chandra Kurt, le tour du vignoble helvétique

La spécialiste emmène le lecteur dans un voyage initiatique des appellations viticoles, en présentant ses vins et mets de saison préférés.

Côté Square, une carte en mouvement perpétuel

À la table de l’hôtel Bristol à Genève, le nouveau chef Christophe Pagnot et sa jeune brigade insufflent dynamisme et créativité à une cuisine gastronomique de saison qui se réinvente chaque semaine. L’équipe de cet hôtel de luxe genevois empreint d’une belle histoire...

Rothenbühler au secours de Darius

OPINION – L’ancien rédacteur en chef de Schweizer Illustrierte à Zurich et du Matin à Lausanne ne lâche pas son confrère Rochebin, brutalement déchu en Suisse romande. Les dégâts sont faits, dit-il, mais la montagne accouchera d’une souris.

Rencontre avec Fanny Leeb

À 32 ans, elle reçoit un diagnostic de cancer qui aurait pu la briser, mais elle se découvre une rage de vivre insoupçonnée. Grâce à son esprit positif et à un courage sans faille, cette chanteuse auteur-compositrice se réinvente chaque jour. Elle avait initialement...

Albert Rösti : «Comme je n’étais pas bon musicien, je suis devenu politicien!»

Le pas est alerte, l’allure sportive et le sourire radieux. Le conseiller fédéral Albert Rösti débarque avec sa garde rapprochée au restaurant Le Coucou sur les hauteurs de Montreux. L’ambiance qui se dégage de ce lieu pittoresque colle à l’esprit du politicien....

Marthe Keller, La vie qu’elle a rêvé d’avoir

Elle a tourné avec les plus grands réalisateurs, de Sydney Pollack à Clint Eastwood. Au cinéma comme au théâtre, elle a joué avec les plus célèbres acteurs: Marlon Brando comme Isabelle Huppert. Mais Marthe Keller reste ouverte à toutes les expériences.

Ces femmes qui entreprennent et montrent l’exemple

Elles sont des milliers en Suisse à diriger, sans se faire remarquer, des pme, des start-up, des fondations, des projets personnels. Alors que le 8 mars approche, nous avons voulu mettre en avant 5 femmes exemplaires.

Pin It on Pinterest

Share This