Vincent Pérez et les Rencontres du 7e art : “Je redécouvre Lausanne !”

Paris Match Suisse |

A la veille d’inaugurer ses rencontres du 7e art Lausanne au mois de mars en collaboration avec la cinémathèque suisse, l’acteur, réalisateur et photographe né a Lausanne en 1964 d’un père espagnol et d’une mère d’origine allemande évoque sa ville et ce qu’il doit a ses racines romandes. Vincent Pérez qui rêvait d’être footballeur et peintre a étudié la photographie a Vevey et la comédie a Genève. Avant de partir pour la Ville lumière un jour de février 1984. Pour mieux revenir.

 

Il sort de sa poche un foulard qu’il noue autour de son coup façon dandy manouche : il fait frais dans le salon de ce palace lausannois. Il s’en fiche, sourit. Vincent Perez est de retour chez lui pour lancer son nouveau bébé, les Rencontres du 7e Art Lausanne, dites R7AL, un nouveau et ambitieux rendez-vous cinématographique annuel prévu du 24 au 28 mars prochain. Le comédien suisse, photographe, réalisateur, père d’Iman, 19 ans, cavalière et mannequin, des jumeaux Pablo et Tess, 15 ans, mari de l’actrice française Karine Silla, revendique avec émotion et fierté ses attaches romandes.

Pourquoi avoir choisi Lausanne pour ce nouveau rendez-vous, les Rencontres du 7e Art Lausanne ?
Vincent Pérez : J’ai eu envie de me rapprocher de mes amis, de ma famille, ma maman, mon frère et ma sœur, de mes souvenirs d’enfance. J’ai le désir de revenir plus souvent dans mon pays. Un jour, je me suis rendu compte que les archives de la Cinémathèque suisse étaient non seulement à Penthaz, où j’ai grandi, mais sous le terrain de football sur lequel je rêvais enfant de devenir footballeur ! Mieux : le couple en charge des archives habite mon ancienne maison ! Les signes étaient clairs. J’ai rencontré Frédéric Maire, directeur de cette cinémathèque parmi les plus importantes au monde, et a germé l’idée d’un événement avec de la réflexion, du partage. Lausanne est une ville de culture et je souhaite m’intégrer dans ses ambitions culturelles. Regardez Tatyana Franck au Musée de l’Elysée, Vincent Baudriller à Vidy, le projet muséal Plateforme 10 : Lausanne a les atouts pour jouer un vrai rôle culturel européen.Au cœur des Rencontres du 7e Art Lausanne, non pas des films en compétition, des people et des paillettes, mais des réalisateurs tels Barry Levinson, Darren Aronofsky ou Michel Hazanavicius, des classiques à redécouvrir et de la réalité virtuelle ! Ce n’est pas un énième festival mais un concept global qui cherche à impliquer le public dans une réflexion entre patrimoine et prospective. Je souhaite un événement innovant qui me permette de partager cette passion pour le cinéma qui m’a envahie à Lausanne et a donné un sens à ma vie. Lausanne est un terrain d’expérimentation fantastique avec la présence d’écoles comme l’ECAL, l’UNIL, l’EPFL, l’ EHL … J’aimerais créer un mini-Davos de l’image, qui se pose la question fondamentale de sa place dans la société.

Quels lieux forment votre mémoire cartographique de Lausanne ?
J’ai grandi à Penthaz, Cheseaux puis près de Moudon, je ne suis donc pas un véritable petit Lausannois. Mais je me souviens de l’école du Valentin, où j’ai passé quelques années avant d’aller à La Longeraie à Morges. J’aimais me promener autour de la place de la Palud, flâner dans la librairie Payot en bas de la rue de Bourg. Mon père m’emmenait au cinéma Capitole voir les films de Disney ou les Chaplin, dont il était fan. Je passais souvent devant les galeries du cinéma de la gare. Les grands posters de stars de la devanture me faisaient rêver …

Et votre Lausanne d’aujourd’hui, quel est-il ?
Je redécouvre Lausanne ! La ville s’est magnifiquement transformée. Je me souviens d’une ville plutôt dure, pas très hospitalière. Je la ressens comme beaucoup plus conviviale, accueillante. Le Flon n’était alors qu’une succession de hangars – j’y avais même tourné un court-métrage pour le photographe Olivier Christinat, alors étudiant, dans lequel j’étais poursuivi par une voiture. Aujourd’hui, quelle vie au Flon ! Lausanne est une ville très active, tournée vers la jeunesse, j’y sens une belle énergie !

Vincent Pérez devant le cinéma "Capitole"

Vincent Pérez devant le cinéma “Capitole” © Pierre Vogel / Paris Match Suisse

Lorsqu’on monte la rue du Petit-Chêne, on voit depuis des années un portrait de vous à vingt ans posé dans la vitrine du studio Photo Tornow. Quelle impression cela vous fait-il ?
Cette photo a été prise par Roberto Ackermann, le patron du studio Tornow, l’année de mon départ pour Paris, en 1984. Cela me touche qu’il la garde exposée à cet endroit, c’est une trace, un repère dans ma vie, dans ma ville. Je ne la vois jamais sans émotion. Et j’ai moi-même une passion pour l’art du portrait.

Justement, vous qui avez suivi le cursus photo du Centre professionnel de Vevey, vous voilà photographe reconnu. Vous avez publié « Un voyage en Russie » avec Olivier Rolin chez Delpire, label prestigieux, exposé à la Maison européenne de la photographie à Paris … Une passion liée à l’enfance ?
La photographie m’a fasciné depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Pierre Gisling, mon mentor, qui a tant compté dans ma vie d’enfant et d’adolescent, m’a mis le pied à l’étrier et la première photo que j’aie faite, tout gamin, c’est un portrait de lui. Il fallait que j’explore le monde, c’était un besoin profond, et la photographie est un outil, un langage qui permet cela. Elle permet à l’enfant qui est en moi de s’exprimer, tout en racontant des vies, des histoires. C’est un plaisir solitaire, par ailleurs, qui me permet de me retrouver.

J’ai eu besoin, un moment donné, de mettre de l’ordre dans ma tête et dans ma vie

Quel enfant étiez-vous ?
J’étais un rêveur. Je voyais « Tarzan » au cinéma et je pensais que je pouvais être Tarzan. Je voyais les films de Chaplin et je voulais être Chaplin. C’est émouvant : je photographie souvent son petit-fils James Thierrée. Quand j’étais enfant, Lausanne paraissait loin. C’était la ville et je n’étais pas un enfant des villes. Un de mes meilleurs amis habitait, et habite toujours, dans une ferme à Vernand-Dessus. J’y passais des heures. Je faisais la traite des vaches avec eux. J’ai vu apparaître les appareils mécaniques à traire. Quand je veux me ressourcer, je vais lui rendre visite. Et mon père m’emmenait cueillir les chanterelles, il avait ses coins près de Gstaad. Il les faisait sécher sur le balcon, l’odeur m’est toujours restée. Je ne sortais pas le soir, je passais beaucoup de temps dans les transports, les gares. J’ai commencé à sortir en arrivant au Conservatoire à Genève.

Vous dites parfois vous imaginer terminer votre vie dans les montagnes suisses, où ?
Je ne sais pas encore. Mes parents ont habité Villars-sur-Ollon, que j’aime beaucoup ….

Vous êtes né « Vicente » d’un père espagnol et d’une mère d’origine allemande …
… qui m’ont toujours appelé Vincent, comme mon frère, ma sœur ou mes copains. J’ai grandi en Vincent avec un bon accent vaudois ! Evidemment qu’avec mon patronyme, je me retrouvais dans la cour d’école avec les Italiens à jouer contre les Suisses. Mais nous étions complètement intégrés. Par contre, ces ascendances m’ont ouvert au monde, m’ont rendu curieux, poussé vers le voyage et l’aventure. D’ailleurs, ma maman, une très belle femme, un vrai volcan germanique qui adorait le monde du cinéma, a bien compris mon rêve d’ailleurs et de cinéma quand je l’ai annoncé.

L'acteur sur les marches bleues du cinéma.

L’acteur sur les marches bleues du cinéma. © Pierre Vogel / Paris Match Suisse

 

Vous avez cherché à en savoir plus sur votre histoire familiale et cette quête vous a appris que votre grand-père paternel a été fusillé par le régime de Franco lorsqu’il avait 25 ans et que votre famille maternelle a été victime des camps nazis. Une période évoquée dans votre troisième film en tant que réalisateur, « Seul dans Berlin». Il fallait exorciser ce passé ?
J’ai eu besoin, un moment donné, de mettre de l’ordre dans ma tête et dans ma vie. Je l’ai fait pour ma famille, pour ma mère, pour mes enfants, pour savoir d’où je venais, de quelles histoires. Je voulais aussi savoir pourquoi je tenais tant à faire ce film sur Berlin. J’ai compris chemin faisant. Depuis que je l’ai fait, je me sens comme libéré d’un poids. En donnant une voix à mes ancêtres, j’ai lâché des choses qui me retenaient. Du coup, je me retrouve non plus tourné vers le passé, mais vers l’avant, puissamment. Et dans une période de ma vie très féconde, débordant de projets !

La Suisse romande est votre terreau, dites-vous. De quoi est fait ce terreau ?
J’ai pris conscience, c’est vrai, que le terreau dans lequel on naît et grandit vous marque pour toujours. J’accorde beaucoup d’importance à ces attaches, j’en prends soin. Je tiens à ma nationalité helvétique. Ma femme Karin est Française et nos trois enfants ont la double nationalité. Quand on habite ici, on vit avec le lac, l’eau, on en est imprégné. Son énergie est puissante. Tout autant que celle des montages qui nous entourent. Je dois à ce pays, mosaïque de langues et de cultures, une grande capacité d’adaptation. Il y a ici un esprit curieux lié à ce paysage, une ouverture au monde, à la culture. Et puis l’amour du travail bien fait. On est patient, on fait les choses petit à petit, comme l’oiseau fait son nid … Et sans se la jouer – les Romands sont moins bavards que les Français !

Que diriez-vous au jeune homme qui, un jour de février 1984, quittait Lausanne pour faire sa vie à Paris ?
Tu as mis du temps ! Tu as mis du temps à te trouver, je lui dirais. Une phrase dont j’ai oublié l’auteur m’accompagne depuis longtemps. Elle dit qu’une œuvre d’art, c’est la recherche de cette œuvre. Je suis constamment à la recherche de mon œuvre, autrement dit de ma vie. J’ai trouvé pas mal de choses. Je suis plus heureux que ce garçon de 1984. J’ai une vie extraordinaire, enthousiasmante. Je le vois, ce vaste monde que je voulais voir ! Je peux être cet explorateur que je rêvais d’être.

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