Nicoletta : «La notoriété ? Bof. Pourvu qu’on m’aime !»

Paris Match Suisse |

Marraine des 150 ans de la SPA Genève, le 20 novembre prochain, Nicoletta nous a accordé un long entretien durant lequel elle parle de tout. De sa longue carrière, de ses amours, de son ami Aznavour et de son amour des animaux bien sûr.

Qui n’a pas fredonné un jour «Mamy Blue» ou «Il est mort le soleil», deux des tubes immortels signés Nicoletta? A 74 ans, elle reste un mythe de la chanson française. Dans une forme étincelante, elle continue, plus que jamais, à se produire sur scène. Née à Thonon, cette femme combative, généreuse, connue pour son tempérament de feu, reste très attachée à Genève où elle a vécu dix ans. Très sensible à la cause animale, elle sera le 20 novembre prochain la marraine des 150 ans de la SPA Genève. Réunissant quelque 450 invités, la soirée à l’Hôtel Président sera animée par Me Marc Bonnant en personne. On y assistera notamment à des défilés signés Chopard pour la haute joaillerie et Sapa pour la couture. Une montre Chopard sertie d’une patte de chiens en diamants fera notamment partie de la vente aux enchères. Quant à Nicoletta, elle présentera les huit toutous à adopter. «Je parlerai de leur petit caractère, leur CV» sourit-elle. En attendant, voici son interview. Paris Match Suisse. Comment avez-vous vécu la récente mort d’Aznavour? Nicoletta. On savait à son âge qu’il nous quitterait bientôt. J’ai été abasourdie par sa longévité. Il a eu une belle mort, pas violente. Je l’avais encore vu sur scène voilà deux ans au Palais des Sports à Paris, il se tenait droit, il avait toujours ce côté altier. Vous l’avez bien connu? A la fin des années 60, j’étais DJ dans une boîte de Saint-Germain-des-Prés où il venait souvent comme client. C’était déjà une grande star, il arrivait en Rolls, il était affable et charmant. J’ai mangé avec lui l’année dernière. A un moment, il m’a dit: «On se connaît depuis 50 ans, on pourrait bien se tutoyer.» J’ai mis longtemps mais j’y suis arrivée. Il m’inspirait un tel respect. Il était encore sur scène une semaine avant sa mort, comme une drogue. Vous espérez aussi vous y produire jusqu’à la fin? C’est merveilleux la scène, je n’aime que ça. On s’y sent vivant, pendant deux heures, plus rien d’autre ne compte, t’es dans une bulle, tu oublies tout, comme transporté ailleurs. C’est la récompense suprême. Chaque soir, chaque salle est une autre histoire. Alors tant que le public ne m’abandonnera pas. Aujourd’hui, j’ai plus peur de moi que du public, d’une note qui coince. Mais je saurai m’arrêter à temps… Une vieille dame sur scène, ce n’est pas très joli. L’année prochaine, vous fêterez vos 50 ans de carrière à l’Olympia? En fait, cela fait 52 ans que je chante. J’ai l’accord de Lavilliers. Florent Pagny chantera du gospel avec moi lors du final. Ce printemps vous avez participé à la fameuse tournée «Age Tendre» avec d’autres stars éternelles… C’était magnifique. Il y avait Dave mon ami, mon petit Patrick Juvet que j’adore mais qui avait beaucoup de chagrin parce qu’il venait de perdre sa maman. Et Sheila aussi, malgré la mort de son fils. Il paraît que vous ne l’aimez pas? Inventions de journalistes. Simplement, à une époque, l’ai lancé une campagne contre le play-back avec Polnareff. Et Sheila n’aimait pas chanter en direct, c’était connu. Les témoignages du public ont dû être très touchants? Les parents amenaient leurs enfants, les grands-parents leurs petites-filles. Mais les témoignages, quand je chante du gospel dans les églises, sont encore plus émouvants. Quand j’entonne «Il est mort le soleil» cela rappelle aux gens un enfant, un mari perdu qui étaient leur soleil à eux. Dans cette atmosphère, on les sent touchés dans leur chair. Lors des dédicaces, je les cocole, je les prends dans mes bras. N’est-ce pas encore plus dur de vieillir quand on est une star comme vous? Ce n’est jamais rigolo de vieillir, mais on peut être belle à tout âge. On doit l’accepter, rester en adhésion avec soi-même. On ne peut être que malheureux si on continue à jouer les minettes malgré les années qui passent. La vie est un chemin. On perd des convictions, on devient plus philosophe, on va plus à l’essentiel. Et c’est Nicole et pas Nicoletta qui parle. De «Mamy Blue» à «Il est mort le soleil» entres autres, plusieurs de vos chansons sont immortelles, appartiennent à la mémoire collective. Vous devez en être fière? Il y a trois ans, j’ai enregistré une version rap de «Mamy Blue» avec JoeyStarr, qui adore cette chanson. C’était rigolo. Mais, vous savez, on n’est qu’une larme dans la mer. Prenez Brel, Brassens, Ferré, on ne les entend presque plus à la radio. Moi, pourvu qu’on m’aime, le reste, la notoriété m’importent peu. Parfois, je repense à la fin des années 60 quand je suis arrivée à Paris avec 40 francs en poche et juste de quoi manger. Je rêvais de jazz, de Boris Vian; Saint-Germain était l’âme de Paris. Tous les matins, je pense au privilège que j’ai de mener la vie que j’ai. Et qui continue. Guy Lux, les Carpentier, vous avez vécu l’âge d’or des variétés… C’était très familial. Eddy Barclay nous réunissait régulièrement autour d’une table; les filles, il nous appelait ses pouliches. Aujourd’hui, toute l’industrie de la chanson est en main de multinationales, un premier album qui ne rapporte pas assez et c’est déjà au revoir Madame. Au début des années 80, vous avez pourtant connu un trou, une traversée du désert? Subitement, Barclay a vendu sa maison de production et 52 artistes, dont moi, nous nous sommes retrouvés sur le carreau. J’ai dû vendre ma maison pour me produire moi-même. Mais je n’ai jamais arrêté. Et mon duo avec Lavilliers en 1982 m’a relancée. Une maman malade, un père volatilisé, vous avez eu une enfance modeste à Thonon de l’autre côté du lac, élevée par votre grand-mère. Malgré la gloire, vous êtes toujours restée fidèle à cette région? Je suis attachée à la vraie vie et elle est ici. J’ai vendu ma ferme que je possédais à Thonon mais je suis en train d’y retaper deux maisons. Vous avez vécu dix ans à Genève avec votre premier mari, Patrick Chapuis, un bijoutier suisse, épousé en 1978. Vous avez la double nationalité. Vous aimez Genève? Pour tous les jeunes de notre région, Genève, c’était notre ville lumière, notre capitale. On venait tous les week-ends danser dans la vieille ville. Quand on Ici, on est déjà ailleurs tant c’est beau. Je suis une sirène du Léman. Je connais tous les ports du lac et les noms des bateaux à vapeur, le «Savoie», le «Major Davel», le «Rhône», le «Simplon». Quand j’étais petite, on n’avait pas les moyens de faire du ski, alors j’ai fait de la natation car un maillot de bain, ce n’est pas cher. J’aimais tellement nager. Votre divorce a-t-il été un échec? Oh, vous savez, mon ex-mari s’est remarié deux fois depuis. Il est bien où il est. Ce sont les aléas de la vie. Et il m’a donné le plus beau des cadeaux, mon fils, Alexandre. A 40 ans, il travaille dans la postproduction à la télé française. Vous êtes fière de lui? Oui, il est notamment l’œil de Stéphane Bern pour son émission «Secrets d’histoire». Comme moi, il a toujours été très indépendant, il n’a jamais voulu être un «fils de». Je crois avoir bien réussi son éducation. Quand il était petit, j’ai toujours refusé de poser pour des photos avec lui, même pour Paris Match. Il a étudié au Collège Florimont à Genève puis à la SAE, une école d’informatique à Paris. Un jour, à 20 ans, il m’a dit: «Maman, il faut que je te parle.» Il avait trouvé un boulot de voiturier pour financer lui-même ses études. Depuis 28 ans, vous êtes en couple avec Jean-Christophe Moulinier, qui est aussi votre producteur, un pur intellectuel… Moi, je n’ai aucun diplôme et lui est docteur en histoire de l’art de la Sorbonne. On s’entend très bien. Il m’a initiée à la peinture, aux musées. Mais c’est moi qui corrige ses fautes d’orthographe. Vous n’avez jamais été amoureuse d’un chanteur? Oh, non, quelle horreur. Dans le privé, ils ne m’ont jamais attirée. Je les connais trop bien, ils ne sont pas très fréquentables. Ils divorcent tous à répétition. Moi, je voulais d’un mari qui m’apporte quelque chose de différent. Le 20 novembre, vous serez la marraine des 150 ans de la SPA Genève. Pourquoi êtes-vous si sensible à la cause animale? A Paris, dans le XVIe arrondissement où je vis, je ne vois je ne sais combien de veuves si heureuses de promener leurs chiens. Pour elles, c’est un énorme lien social. Qui apporte beaucoup de sensibilité. Comme dit Brigitte Bardot, un chien, c’est un cœur entouré d’une touffe de poils. Que pensez-vous de son action? Je l’admire. Elle a mis toute sa fortune, vendu tous ses costumes de cinéma, ses bijoux au profit des animaux. En 2015, vous avez été dévastée par le mort de Roméo, votre shih tzu Oui, il avait 14 ans et demi et il a été victime d’une embolie. Pendant les mois qui ont suivi, j’étais si mal que Jean-Christophe m’a amené en adopter un autre, Léo, de la même race. Drôle de hasard: Léo est né le jour où Roméo est mort. Outre les animaux, vous avez milité pour de nombreuses autres causes? J’ai chanté contre la peine de mort, j’ai aussi contribué à la création d’un foyer pour handicapés près de Genève. J’ai aussi donné une dizaine de concerts à Fleury-Mérogis, la prison. Les retours ont été très touchants: des filles m’ont envoyé des photos avec leurs bébés. «On aurait aimé vous avoir comme tata» m’ont écrit plusieurs prisonniers. Mais je ne me suis jamais fait de la pub avec cela. Je connais un comique qui, lorsqu’il s’est produit en prison, a rameuté toutes les télés. Je trouve ça minable. Dans la vie, j’ai toujours eu une éthique. On vient de fêter le premier anniversaire du mouvement MeToo qui combat le harcèlement. Vous n’en avez jamais été victime? Une fois, un homme m’a mis la main aux fesses mais il a aussitôt pris ma main dans la figure. Ado, j’ai fait de la gym, des barres asymétriques, j’étais costaude. Je conseille à tous les parents de mettre leurs filles au karaté, au judo pour qu’elles sachent se défendre. Reste une chose: je n’ai jamais compris celles qui acceptent de monter dans la chambre des producteurs pour signer des contrats. En repensant à votre carrière, avez-vous des regrets? Non. J’ai fait plein d’erreurs, mais je les assume. Et les erreurs vous amènent de l’expérience.  Mais, des regrets, non, aucun. J’ai fait mon petit parcours, voilà.

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