Christian Constantin « Je n’ai pas l’appât du gain »

Paris Match Suisse |

Christian Constantin est le plus fervent défenseur des JO à Sion en 2026. Avant le vote décisif du 10 juin, il nous a accordé cet entretien où il parle de tout: sa famille, sa maman partie trop tôt, l’argent, les Ferrari et le foot bien sûr.

Le 10 juin, lors d’un vote couperet, les Valaisans diront oui ou non aux JO de Sion 2026. Les derniers sondages donnent les deux camps à égalité 50-50, c’est dire à quel point le suspense est total. Cette candidature, c’est Christian Constantin, l’omniprésent, le si médiatique président du FC Sion, qui l’a lancée en 2014.

Aujourd’hui, même s’il ne figure plus dans le comité de candidature, il en reste le plus fervent ambassadeur. Récemment, il a publié un petit livre de 60 pages intitulé «J’ai envie de vous dire» où il invite avec force tous les Valaisans à plébisciter les JO. «Ce sera cette fois ou jamais». Ce livre, il l’a envoyé gratuitement aux 170 000 ménages du canton. Un coup dont CC a le secret. Un petit bouquin plein de passion où il prend des accents lyriques pour chanter son amour du Valais. «Le Valais m’a tout donné, je m’en éloigne de moins en moins car il me manque trop». Peu avant le vote, dans son hôtel de Martigny, Christian Constantin nous a accordé cette interview vérité, où, franc et direct, il aborde tous les sujets.

Paris Match Suisse. Le oui peut-il l’emporter le 10 juin selon vous ?

Christian Constantin. J’ai bon espoir. Mais, jusqu’au bout, il faudra travailler pour convaincre. Les chiffres angoissent les gens, il faut les rassurer.

Pensez-vous que votre livre, distribué à tous les Valaisans, puisse faire pencher la balance ?

Pourquoi pas? En tout cas, j’ai eu un nombre incroyable de retours, jusqu’à 5000 messages par jour. Les gens me disent qu’ils sont fiers d’être Valaisans et de leurs racines, me disent bravo. Le livre, en tout cas, a été très lu. Si cette opération permet de gagner, je ne sais pas – 10 000 voix – soit de 5 à 7% des votes, cela peut se révéler décisif.

Pourquoi vous investissez-vous autant dans ce projet ?

Quand t’es né dans une région, tu dois la défendre. Et cette candidature, ne l’oublions pas, c’est moi qui l’ai lancée.

Dans ce livre, on vous découvre en passionné de la randonnée ce qui est plutôt étonnant de la part d’un homme aussi actif que vous ?

J’aime être en contact avec la nature, elle me ressource, me donne de l’énergie. Je vais souvent me promener au Mont-Chemin juste là au-dessus, où se trouve la plus belle forêt de mélèzes d’Europe, en plus peuplée de marmottes. En deux heures, je fais mes 2000 mètres de dénivelé.

Charlottes Seigle, votre maman, est décédée d’un cancer alors que nous n’aviez que 13 ans. Vous écrivez qu’elle vous «a montré ce qu’était le courage», vous a donné «l’envie de vivre tout ce qu’il est possible de vivre». Sa disparition si douloureuse a été déterminante dans votre parcours ?

Victime de la leucémie, ma maman a été malade pendant sept ans et elle est morte à 33 ans. C’était une femme travailleuse, costaude qui a passé de 60 à moins de 40 kilos. A l’époque, j’étais môme. Au catéchisme, on nous répétait que tout était beau dans la vie grâce à la religion. Et moi, le soir, je voyais ma maman en train de combattre la mort dans son lit. Cela m’a ouvert les yeux. Tous les jours je faisais la lessive, les commissions, je passais l’aspirateur, pour l’aider. Mais à la fin, la réalité m’a rattrapé.

A 86 ans, Martial, votre, père continue à diriger son entreprise de pierres naturelles. Un exemple pour vous ?

Et il a une soixantaine d’employés. C’est un véritable phénomène.

Vous avez trois enfants. Deux filles, Arielle (33 ans) et Charline (18), restées dans l’ombre et Barthélémy (23 ans), qui occupe le poste de directeur sportif du FC Sion, et en qui certains voient un fils à papa. Cela vous agace ?

Barthélémy est parfaitement conscient que sans moi, il n’aurait pas le poste qu’il occupe, il n’est pas complètement naïf. A son âge, il grandit, il apprend, il se construit. Et ce n’est pas facile dans un milieu comme le foot où le vice humain est très présent. Mais si dans la vie tu n’ouvres pas les yeux, tu finis aveugle.

Dans un «Temps Présent», Carole, votre épouse, disait qu’au fond, derrière l’image médiatique, vous êtes un homme seul.

Je peux être assez solitaire effectivement. Par moments, j’aime m’isoler là où personne ne m’emmerde.

Il paraît qu’il vous arrive de téléphoner à vos amis en pleine nuit ?

Je suis comme cela, je n’ai pas d’heure.

Selon le dernier classement de «Bilan», vous figurez parmi les 300 Suisses les plus riches du pays, avec une fortune dépassant les 300 millions. N’est-ce pas vertigineux d’être aussi riche ?

Je n’ai aucun goût pour l’argent en tant que tel, je m’en fous. Ce que j’aime, c’est l’utiliser pour développer des projets, faire des choses passionnantes. Prenez le petit livre sur les JO: l’opération au total, se chiffre en centaines de milliers de francs. Or, cet argent, personne ne va me le rembourser, je n’ai rien demandé à personne. Si j’avais l’appât du gain, je n’aurais jamais fait cela. C’est comme avec le FC Sion. Je cours après les choses passionnantes. C’est le seul intérêt de l’argent.

Combien, au total, avez-vous dépensé pour promouvoir Sion 2026 ?

Plus d’un million.

Vous avez un péché mignon: les Ferrari…

J’avais 21 ans quand j’ai construit le premier garage Ferrari en Valais. Son patron Michel Zuchuat m’a alors demandé si en guise d’honoraires, je préférais l’argent ou une Ferrari. C’était une Testarossa et tout a commencé comme cela. Depuis, j’ai dû en avoir une bonne vingtaine, et toujours le dernier modèle, une Lusso en ce moment. J’adore le bruit que font les Ferrari, t’as vraiment le sentiment d’être un pilote de F1. Mais pour moi, ce n’est ni une voiture de collection ni un bijou mais une voiture de travail. Je vais sur les chantiers en Ferrari, en plus, comme elles sont jolies, c’est encore mieux.

Derrière l’image du businessman flamboyant se cache un Constantin moins connu, toujours prompt à aider les gens en difficulté.

Oui, mais quand on aide quelqu’un, on ne le dit pas.

Vous continuez à porter à bout de bras un FC Sion qui a connu une très mauvaise saison. Qu’est-ce qui vous fascine tant dans le foot ?

T’as dans la même équipe des gars de 18 ans qui ont tout devant eux et des autres de 30 ans qui commencent à avoir des emmerdes, des incertitudes par rapport à l’âge, des remords en regard de ce qu’ils n’ont pas réussi. T’as des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes qui se trouvent des valeurs communes. Le foot, c’est la planète en miniature, un concentré de vie. C’est sa vraie richesse.

Dans le sport, écrivez-vous, «on a des tristesses, des colères, des bonheurs. Le sport vous apprend à ne jamais renoncer, on s’y sent vivant». C’est que le foot vous apporte au fond ?

Quand t’es face à la mer que vois-tu? Une vague qui efface l’autre. Le foot, c’est pareil, un mouvement perpétuel. Quand un bâtiment est fini, il est fini. En foot, après une défaite, tu dois repartir de l’avant, tu n’as jamais le temps de souffler, de dire ouf. C’est ce qui le rend si passionnant.

«Si j’ai pris cinq aspirines de toute ma vie, c’est un maximum» avez-vous déclaré un jour avec votre goût pour les formules qui font tilt. A 61 ans, vous respectez, paraît-il, une excellente hygiène de vie, malgré un agenda surchargé et des sollicitations permanentes ?

Avec ma maman, j’ai vu ce pouvaient être les ravages de la maladie et j’aimerais si possible passer à côté de cela. Mais je sais que la santé, c’est une loterie, un tirage au sort. Je n’ai jamais fumé une cigarette de ma vie et s’il m’arrive de boire un verre de rouge, c’est uniquement à l’occasion de trucs sympas. Autrement, jamais. Et je fais du sport deux à trois fois par semaine avec mon coach, du gainage, des abdos, de la corde à sauter. L’hiver, je skie et je fais de la peau de phoque et l’été du vélo. D’ailleurs, sitôt cette interview finie, je pars faire de l’exercice.

«Nous ne sommes plus rien sur cette terre quand nous la quittons». «Je ne compterai plus après ma mort», écrivez-vous aussi. La mort vous fait-elle peur ?

A un moment, il faut accepter de partir. Après ton tour, c’est le tour des autres. Tu dois savoir laisser ta place surtout que l’être humain devient souvent pénible avec l’âge.

Vous êtes grand-papa aujourd’hui ?

D’un petit Aloïs, 2 ans, qui deviendra, j’en suis sûr, un grand sportif. Mais, plus que moi, c’est l’arrière-grand-papa qui s’en occupe le plus. Il est tellement gentil avec le petit.

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