Ils affrontent la maladie avec dignité

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Jean-Claude Biver, Léonard Gianadda et Pierre Naftule, trois célébrités romandes, sont gravement atteintes dans leur santé.

Ce sont trois des personnalités les plus en vue de Suisse romande, passionnées par leur travail. Génie du marketing, le charismatique Jean-Claude Biver (69 ans) a redressé plusieurs grandes marques horlogères. Avec sa Fondation, Léonard Gianadda (83 ans) a rendu Martigny célèbre dans le monde entier, en accueillant peintres et sculpteurs les plus prestigieux. Mentor notamment de Marie-Thérèse Porchet et roi du rire grinçant, Pierre Naftule (58 ans) met en scène depuis 1990 la très populaire Revue genevoise.

Or, les trois partagent aujourd’hui un autre point commun, plus douloureux: ils sont gravement atteints dans leur santé et ne l’ont pas caché. Une arthrose musculaire a contraint Jean-Claude Biver à se retirer en septembre de la direction du pôle horloger de LVMH. Plus tôt dans l’année, à l’occasion de la présentation d’un film qui lui était consacré, Léonard Gianadda, micro en main, a révélé qu’il souffrait d’un cancer et qu’il devait s’astreindre à de la chimio, devant un public muet d’émotion. Et tout récemment, Pierre Naftule a annoncé qu’il renonçait à la Revue, la faute à une grave maladie neurologique. Il l’a dit avec beaucoup de dignité à la «Tribune de Genève». «J’ai appris en mars lors d’un contrôle médical que j’avais cette maladie. J’ai toujours eu comme principe de rigoler, de profiter. Je ne vais pas commencer à déprimer. Ce qui m’attriste, ce n’est pas de penser à ce qui m’arrive mais plutôt à l’impact que cela a sur mes proches.»

Rédacteur en chef de la «Revue médicale suisse», le docteur Bertrand Kiefer salue leur courage, cette  volonté de transparence qui les caractérise dans la souffrance. «Les gens ont parfois le sentiment que la médecine peut être toute-puissante pour ceux qui en ont les moyens. C’est une bonne chose que de telles personnalités parlent de leur maladie. C’est la preuve que ça peut arriver à tout le monde, que c’est la vie et que nous sommes tous soumis à la même finitude.» Et d’ajouter: «Ces trois personnalités se caractérisent par leur tempérament de battant. S’ils sont révoltés par ce qui leur arrive, cette révolte doit sans doute être très constructive.»

Contactés, Pierre Naftule et Léonard Gianadda n’ont pas souhaité revenir sur leur maladie, pour raisons privées. Leur refus, ils l’ont motivé avec beaucoup de doigté et de délicatesse. Jean-Claude Biver, en revanche, a accepté de parler de ce qui lui arrive, d’où il en est. Des trois, il est sans doute le mois gravement touché. Apparemment en forme, il nous a reçus chez Hublot à Nyon. «Au début, je ne pouvais plus serrer une main, ni lever les épaules. En plus, j’ai subi deux opérations au dos très douloureuses. Ça fait dix-sept mois que je prends de la cortisone. Mais je vais mieux. J’ai encore huit semaines de traitement et je devrais être guéri» se réjouit-il.

Ce fou de travail, toujours aux quatre coins du monde, a pris ce sale coup avec philosophie, comme si c’était le prix à payer après des années sans pépins malgré une activité incessante. «Pendant septante ans, je n’ai eu que du bonheur, de la santé, de la reconnaissance, de l’amour. Mais là, mon corps m’a donné un signal. Il m’a dit: «J’ai été à ton service tous les jours, mais maintenant c’est à toi de t’occuper de moi, car j’ai besoin d’une bonne révision. Il faut que du ralentisses.»

Toujours ambassadeur de Zenith, Hublot et Tag Heuer, son rythme de vie n’a apparemment guère changé. Le jour de notre visite, il revenait du Mexique avant d’enchaîner avec les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Il corrige: «J’ai freiné même si je ne suis pas à l’arrêt. J’ai moins de responsabilités opérationnelles. Psychologiquement, c’est moins lourd. Le pire serait de ne pas retenir la leçon, car cela pourrait avoir des conséquences très graves. J’ai compris le langage de mon corps. Mon médecin est rassuré.»

Malgré la maladie, l’idée de prendre sa retraite à 70 ans ne l’a jamais effleuré. «On arrête un travail mais pas une passion. Picasso ne s’est jamais dit, à 65 ans, j’arrête de peindre. Pour moi, c’est la même chose.»

Révéler publiquement sa maladie est allé de soi, sinon cela aurait ressemblé à une sorte de tricherie qui ne lui ressemble pas. «Je n’ai jamais rien caché de mes succès ni de mon bonheur. Or, on ne parle pas que du beau temps. Ce qui m’arrive est la preuve que la santé ne s’achète pas, que la maladie ne choisit pas le rang social. Qui que vous soyez, elle peut vous tomber dessus. J’y vois au fond une forme de justice.» Dans son travail, les regards des autres n’ont pas changé. «On ne m’a jamais plaint, ni ménagé et c’est vachement important.»

De son côté, Pierre Naftule a régulièrement accompagné Marie-Thèrèse Porchet sur la tournée du cirque Knie où elle joue les animatrices déjantées. En août, il déclarait. «Je quitte la Revue, mais il y a plein de projets que j’ai encore envie de vivre. Faire rire, je ne sais faire que cela. Ne plus pouvoir le faire, c’est ce qui me minerait le plus. Je suis juste un peu plus fatigué.»

Quant à Léonard Gianadda, il a fêté en 2018 les quarante de sa Fondation et ses dix millions de visiteurs. Comme Jean-Claude Biver, la maladie l’avait épargné jusqu’ici. «Hormis pour deux prothèses au genou, je n’avais jamais vu un médecin de ma vie jusqu’au début de cette année» disait-il récemment dans une interview à «L’Illustré». Au magazine qui lui demandait si la mort lui faisait peur, le Valaisan, réputé pour sa droiture et sa robustesse, répondait: «Pas du tout, après la belle vie que j’ai vécue, je suis prêt à partir sans regrets et sans amertume.»

Pour Jean-Claude Biver, le coup d’arrêt aura au moins eu un avantage: désormais, il va pouvoir consacrer plus de temps à sa famille et surtout à son fils cadet de 18 ans. «Je suis devenu plus raisonnable. En février, je vais partir en vacances d’hiver, refaire de la peau de phoque; je me réjouis à fond.» En revanche, il devra renoncer au marathon de New York qu’il rêvait de courir pour ses 70 ans. «Pour 2019, c’est foutu, mais peut-être pas pour 2020. En tout cas, je ne perds pas espoir.» Toute une philosophie.

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