Pirmin Zurbriggen : « A Zermatt, j’ai tout, mes enfants, ma famille, je suis heureux »

Paris Match Suisse |

 

Il reste le plus grand champion que le ski suisse ait connu. A 55 ans, Pirmin Zurbriggen, reconverti en hôtelier, se dit plus épanoui que jamais, loin des projecteurs.

Finalement, les Suisses sont repartis des JO de PyeongChang avec une jolie moisson de médailles. Ces JO, comme à chaque fois, Pirmin Zurbriggen les a regardés sans nostalgie. Mais ils lui ont forcément rappelé ce qui fut le point d’orgue de sa carrière: sa médaille d’or en descente, la discipline reine, aux JO de Calgary en 1988. «Tu as le sentiment qu’un jour pareil n’arrivera jamais, ce fut incontestablement pour moi le moment le plus fort émotionnellement» nous glisse-t-il tout sourire dans son hôtel de Zermatt, la station où il vit loin des projecteurs et qu’il aime toujours autant.

A PyeongChang, pas moins de sept skieurs valaisans étaient présents, un record, et Pirmin Zurbriggen en tire une légitime fierté. C’est lui, durant ses 14 ans à la tête de Ski Valais, qui a permis à ces talents d’émerger. «Il fallait faire quelque chose pour la jeunesse. Les Yule, Aerni et autres, je les ai connus tout petits. Quand Mélanie Meillard s’est blessée en Corée, j’en ai presque pleuré» dit-il.

Les JO de 2026 auront peut-être lieu à Sion. Voilà quelques semaines, Pirmin a été hélitreuillé au sommet du Cervin pour y allumer une flamme lançant symboliquement la campagne. Même si le geste a provoqué une jolie polémique, le champion ne regrette pas.  Ce projet, il y croit. «La folie s’est emparée des JO, toujours plus grands, plus fous. Ce n’est pas notre style en Suisse. Les JO de Sion seront à taille humaine.»

Champion olympique, multiple champion du monde, quatre fois vainqueur du classement général de la Coupe du monde, Pirmin Zurbriggen, légende vivante, a raflé tout ce qu’on peut imaginer. Mais, alors que de nombreux skieurs ont continué, une fois retirés, à vivre sur le circuit, comme entraîneurs ou consultants, Pirmin a fait le choix inverse. Aujourd’hui, il se dit pleinement heureux dans sa nouvelle vie d’hôtelier. Le rendez-vous a lieu au «Suiten Hôtel Zurbriggen», superbe 4-étoiles, situé tout au bout de la station, près du départ des télécabines de Furi. Tout y est lumineux grâce aux grandes baies vitrées. Le spa est agrémenté d’un jacuzzi en plein air offrant une vue imprenable sur le Cervin, un endroit de rêve. C’est l’un des deux hôtels que possède Pirmin. L’autre, très design aussi, se trouve à Saas-Almagell, le village de son enfance, pas très loin, dans la vallée menant à Saas-Fee.

«J’ai vraiment du plaisir à être ici, glisse Pirmin, épanoui, tout sourire alors que son épouse Moni est à la réception. Aujourd’hui, j’ai pris du recul, j’ai envie d’avoir moins d’obligations. Ici, j’ai pu voir grandir mes enfants, ce qui est le principal, et faire du sport aussi, ce que j’aime tant.»

Des enfants, Pirmin et Moni en ont pas moins de cinq, une belle famille, très unie, la priorité absolue pour Pirmin. Elia, l’aîné, a 27 ans, Léonie, la petite dernière, 10. «Avoir cinq enfants n’était pas un objectif en soi, c’est venu comme cela, naturellement, sourit Pirmin. Léonie, la cadette, est arrivée une bonne dizaine d’années après Alain, l’avant-dernier.»

De ses enfants, seul Elia a suivi ses traces. Aujourd’hui, même si le jeune champion court en Coupe du monde avec les meilleurs, il n’a jamais pu atteindre le niveau de son mythique papa. Il a raté d’un rien la qualification pour ce qui aurait été ses premiers JO. Pirmin est très admiratif de son parcours, de sa persévérance, d’autant que s’appeler Zurbriggen n’a pas été un cadeau. Les comparaisons, parfois cruelles, sont inévitables. «Chez les OJ, Elia était tellement frêle, à peine 45 kilos, qu’on ne lui donnait guère de chances de percer. Mais il me répétait toujours. «Tu sais papa, j’ai vraiment du plaisir à skier.» Alors je lui ai dit: «Ok, vas-y.» Elia a eu la volonté d’aller jusqu’au bout. Il lui manque juste un peu de confiance, des petites choses.»

A 23 ans, Maria, elle, a choisi une toute autre voie: outre ses études dans l’hôtellerie, la fille aînée de Pirmin est l’artiste de la famille. L’été passé, elle a joué dans «Roméo et Juliette au Gornergrat», une pièce de théâtre tirée du chef-d’œuvre de Shakespeare et qui a connu un joli succès en plein air dans la station. «Quand j’ai vu Maria sur scène, j’ai eu la larme à l’œil» relève le papa.

Maria est également la chanteuse du groupe Wintershome, formé de six Zermattois, dont ses deux frères, Elia, le skieur, à la basse, et Pirmin, 25 ans, au piano. Le groupe a déjà donné plusieurs concerts à travers toute la Suisse et enregistré un premier album à Seattle aux Etats-Unis lors d’un séjour de six semaines. «J’aime énormément leur style, folk country tout en douceur. Mes enfants s’épanouissent comme cela et c’est tout ce qui importe à mes yeux. Quand je les vois en concert, je suis très touché mais j’y crois à peine. Ce tempérament d’artiste ne vient pas de moi, mais plutôt de la maman.»

Durant toute sa carrière, le Valaisan a survolé la concurrence. Grâce à un don hors du commun? Au travail? «Un peu de tout cela plus de la chance, comme si là-haut une force supérieure veillait sur moi. A 16 ans, j’avais un entraîneur qui ne m’aimait pas et qui me tenait à l’écart de toutes les compétitions internationales. Un jour, je suis devenu champion suisse junior sous les yeux d’Adolf Ogi, qui a appelé le coach en question. Juste après, à ma grande surprise, j’ai été convoqué pour une Coupe d’Europe à Villach en Autriche où malgré le dossard 60, j’ai fini deuxième. C’est comme ça que tout a démarré.»

Pirmin avait à peine 27 ans quand il a décidé, au faîte de sa gloire, de se retirer alors que tant d’autres font la saison de trop. Il ne l’a jamais regretté. «J’avais réalisé tous mes objectifs, j’étais usé, c’était le moment. J’ai dû repartir de zéro, reprendre des études d’économies à Neuchâtel. Mais je n’ai jamais eu la moindre nostalgie grâce à ma famille.» Il n’empêche: il lui arrive encore, drôle de réminiscence, de se réveiller en pleine nuit au départ de la Streif ou du Lauberhorn. «Je transpire, j’ai peur. Chaque fois, en me rendormant, je me dis: «Mais quel con.»

Même à 53 ans, le Valaisan reste un grand sportif. Après avoir pris part quatre fois à la petite Patrouille des Glaciers d’Arolla à Verbier, il se lancera, pour la première fois ce printemps, dans le Graal absolu, Zermatt-Verbier avec Thomas, 35 ans et Richard, la soixantaine. «Je suis en pleine préparation, assure Pirmin, heureux comme un gamin. Cet hiver, j’ai dû faire à peine trois journées de ski à Zermatt mais, en revanche, j’en suis déjà à 4000 mètres de dénivelé à peau de phoque. Je me réjouis d’être du départ avec ma lampe frontale direction Tête Blanche. On vise un chrono entre 12 et 14 heures.»

Côté sport également, Pirmin a bouclé, l’été dernier, le redoutable semi-marathon de Zermatt tout en montée jusqu’au Gornergrat suite à un pari avec l’une de ses employées portugaises. «Plus jeune, elle avait été championne du 10 000 mètres dans son pays et un jour elle m’a dit qu’elle regrettait d’être devenu un peu enveloppée. C’est de là qu’est partie l’idée de la course. On s’est entraînés les deux et finalement, c’est toute ma famille qui y a participé. Une belle aventure.»

Jeune, Pirmin était connu pour être très croyant. Une foi qu’il continue, plus que jamais, à revendiquer aujourd’hui. «Ma vie, je l’ai remise dans les mains de Jésus, dit-il avec un regard tout en profondeur. Nous avons tous des faiblesses, nous commettons tous des fautes. Je crois que nous avons besoin d’aide et que c’est Dieu qui nous l’apporte. Tous mes enfants sont aussi croyants et cela me procure un immense plaisir» conclut l’inégalable champion, rayonnant et modeste, comme toujours, sa marque de fabrique.

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Journaliste, éditorialiste au «Point», biographe, chroniqueur, écrivain, directeur éditorial de «La Provence», il a écrit une vingtaine de romans, une quinzaine d’essais. Rencontre avec un homme contemplatif qui pratique l’optimisme au quotidien.

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