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Toujours, il a pris une position tranchée dans les conflits et les débats sociaux. Souvent, il a déclenché la polémique. Mais infatigable, le philosophe français Bernard-Henri Lévy, 70 ans, repart en croisade, sur les planches cette fois, avec «Looking for Europe», pour défendre l’Union européenne et combattre les populismes. Moins prompt à s’exprimer sur sa vie privée, l’écrivain, marié à Arielle Dombasle depuis 25 ans, s’est quand même prêté au jeu lors de notre rencontre à Genève, revenant notamment sur son addiction passée aux amphétamines.

 

Paris Match. Dans «Looking for Europe», votre personnage, un écrivain qui peine à rédiger un discours sur l’Europe, semble désespéré. Sur son bureau, il a posé alcool, cigarettes et médicaments. La situation est-elle à ce point grave? 

     Bernard-Henri Lévy. Oui. Parce que l’Europe est frappée de plein fouet par trois forces. Les ennemis de l’extérieur que sont la Russie de Poutine, la Turquie d’Erdoğan et hélas notre allié naturel, l’Amérique de Trump. Les partis populistes, à l’intérieur, également acharnés à sa perte. Et les europhiles qui, découragés, baissent les bras. Il faut qu’ils se réveillent avant les élections européennes le 26 mai.

Que craignez-vous?

     Que les amis de Le Pen et Mélenchon dans toute l’Europe entrent en masse au Parlement européen. Le Front national et la France Insoumise sont des jumeaux qui sont tous deux, quoi qu’ils disent, des souverainistes. Cela est démontré, je dis bien démontré, dans la pièce.

Vous menez ce spectacle, en anglais et en français, à travers l’Europe comme une campagne avant ces élections. Une façon d’entrer en politique?

     Non. C’est une campagne d’idées, de rêves, de projets, pas une campagne politique. Les spectateurs pourront être de gauche, de droite, partisans de l’entrée de la Suisse dans l’Europe ou pas, cela n’a aucune importance. 

Vous espérez convaincre les Suisses d’adhérer à l’Europe? 

     J’aimerais bien, oui, que la Suisse adhère un jour. Pour la part égoïste de la Suisse, cela n’aurait évidemment pas grand intérêt. Mais pour l’autre Suisse, la généreuse, celle qui a souvent été un refuge pour beaucoup d’exilés, c’est différent: n’aurait-elle pas alors l’occasion de faire bénéficier l’Europe de son expérience historique de la démocratie, du cosmopolitisme, de la pratique de plusieurs langues dans une même nation? Le modèle suisse… 

BHL président, c’est dans vos projets?

     (Rires) Non, je suis inapte. Je trouve que la politique a de la grandeur, qu’elle est trop souvent diffamée et que les hommes politiques ont infiniment moins démérité qu’on ne le dit. Mais ce n’est pas pour moi. Je ne sais pas faire ça. Je sais faire autre chose, je sais écrire, parfois convaincre ou poser une question qui n’a pas été posée, mais pas ça.

Malgré le sérieux du sujet, votre pièce se présente comme une comédie. 

     Oui. Parce que, contrairement à ma réputation, j’aime rire. Beaucoup. Et cette pièce, je crois, fait beaucoup rire. La meilleure arme contre les Salvini, les Orban, les Le Pen n’est-elle pas de montrer qu’ils sont surtout ridicules? 

Quel conseil donneriez-vous au jeune Bernard-Henri, parti à 22 ans au Bangladesh pour son premier engagement idéologique?

     De recommencer tout pareil.

Aucun regret ni remord?

     Aucun, non. Des remords privés, oui, bien sûr. Il y a des gens que je n’ai pas assez accompagnés dans leur souffrance, des gens dont j’ai peut-être provoqué le chagrin.

Vous pensez à votre épouse Arielle Dombasle et à la relation que vous avez entretenue avec Daphne Guinness?

     Je n’ai pas de commentaire à faire là-dessus. 

Si vous deviez écrire la biographie d’Arielle, que trouverait-on sur la quatrième de couverture?

     On y lirait que c’est une très talentueuse cinéaste. Elle vient de faire un beau film, «Alien Crystal Palace». 

Que trouvez-vous sexy chez une femme?

     L’intelligence, la curiosité, le regard. Tant de choses. Une espèce de chimie invisible. La capacité à susciter le désir, pour une femme, n’a rien à voir avec son âge. Je peux désirer une femme de 20 ans comme de 70.

Etes-vous romantique?

     Sans doute, oui. Mais pas du genre à fêter la Saint-Valentin. Un romantique invente ses propres fêtes. Une histoire d’amour, c’est une société secrète à deux. Donc pas de célébrations universelles et communautaires. 

On vous connaît en chemise blanche et costume Charvet. Pourquoi ce style?

     Parce que ce type-ci de style n’a aucune importance et que j’ai décidé il y a longtemps de me simplifier la vie. 

Combien de chemises possédez-vous?

     Je l’ignore. Suffisamment pour en perdre dans les hôtels parce que je suis étourdi. Et suffisamment pour qu’elles ne soient pas absolument identiques. 

Pour quelle occasion accepteriez-vous de porter une cravate?

     Aucune. J’ai rencontré des présidents, le pape et je n’ai jamais réussi à en mettre. Pourquoi? Je ne sais pas. Une sensation d’étouffement peut-être, un truc d’ancien enfant asthmatique…

Comment gérez-vous le fait de vieillir? 

     Je l’accepte assez volontiers. Tant que j’ai le sentiment que mon corps, ma tête, mon cerveau me sont fidèles, et sont fidèles à ce que j’ai à dire, tout va bien. 

Que préférez-vous chez vous?

     Mon cerveau, justement.

Et dans votre physique?

     Mes mains. Parce qu’elles me servent à écrire et qu’elles m’ont servi à jouer du piano. J’ai arrêté la musique quand je me suis mis à écrire. L’un a remplacé l’autre. Depuis, je n’écoute plus de musique. A part celle de ma femme.

Vous ne suivez pas l’actualité musicale?

     Non.

Si je vous dis au hasard Gims, ex-Maître Gims?

     Je ne sais pas qui c’est. 

Décrivez-vous en trois mots.

     Un bon écrivain. Ou: de bonne volonté, comme vous voulez.

Votre plus belle qualité?

     La loyauté.

Votre plus grand défaut?

     L’impatience.

Votre rapport à la cigarette? Aux amphétamines? 

     Ancien. Mais c’est un des sujets de la pièce qui est, aussi, une sorte d’autobiographie. Je n’en suis pas fier mais j’ai été, longtemps, «addicté» aux amphétamines. Je travaillais vingt heures par jour. Je restais des jours et des jours quasiment sans dormir. J’étais en état de surchauffe intellectuelle et, probablement, au bord du gouffre. Alors, seul ce recours à la chimie me permettait de tenir. Avec des descentes atroces. Des sevrages difficiles, et qui ne s’opéraient qu’à la force de la volonté.  

Quelle place la religion occupe-t-elle dans votre vie?

     Aucune. L’étude juive est très importante pour moi, mais pas la religion. Le judaïsme n’est pas une religion, c’est un rapport au texte, à l’étude, à l’intelligence. C’est un rapport à Dieu sans doute. Mais secondairement. On peut être juif sans «croire» en Dieu.

Quelles valeurs avez-vous tenu à transmettre à vos enfants (ndlr: l’écrivain Justine Lévy et l’avocat Antonin Lévy, nés de ses deux premiers mariages)?                                                      

     Etre capable d’être fidèle à un certain héritage et à la fois d’y être infidèle et de se réinventer. Ils l’ont bien appliqué.

Qu’est-ce qui vous stresse dans la vie?

     La bêtise des autres et, plus encore, quand ça m’arrive, la mienne.

Et vous avez été stressé durant cette interview?

     (Rires) Pas du tout!

«Looking for Europe», le 15 mars au Théâtre du Léman, Genève et le 16 mars à la salle Métropole, Lausanne. Infos: livemusic.ch

Vous prendrez bien un masque?

OPINION. C’est l’objet fétiche de cette année 2020. Le masque. En papier, en blanc, en classique. Fait à Pékin ou Trifouilly. High-tech, jetable, réutilisable. C’est une icône, qui nourrit la chronique.

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