Anne-Sophie Pic et David Sinapian : un couple 3 étoiles

Paris Match Suisse |

Rencontre avec David Sinapian, le mari de la chef étoilée. Si sa femme mène ses équipes et ses créations culinaires, il dirige les opérations de développement d’une main de maître.

 

Paris Match. David Sinapian, parlez-nous de votre rencontre avec Anne-Sophie.
David Sinapian.Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de l’école (rires). A 18 ans, nous étions dans la même classe préparatoire HEC, avec cette particularité : être tous deux originaires de Valence. On se retrouvait la plupart du temps dans le même train. Tout a commencé par des regards furtifs, puis un peu plus appuyés.

Qui de vous deux a fait les premiers pas ?
C’est moi ! J’ai spontanément apprécié sa personnalité. Je me suis intéressé à elle et, du coup, Anne-Sophie a commencé à m’observer, mais sans s’engager néanmoins.

Pourquoi Anne-Sophie, plutôt qu’une autre ?
Il émane d’elle une discrétion et un charme qui me touchent. Anne-Sophie est toujours élégante, soignée et pleine d’esprit. Sa particularité, c’est qu’elle dégage une vraie présence tout en sachant rester très discrète, et c’est vraiment cet aspect de sa personnalité qui m’a séduit dès le début.

Comment avez-vous concrétisé votre relation ?
J’ai dû être stratège car rien n’avançait. Anne-Sophie restait sur la réserve. C’est seulement lorsque j’ai fait mine de me désintéresser d’elle qu’elle a commencé à témoigner un peu plus d’attention à mon égard.

Vous l’avez demandée en mariage d’une façon originale ?
Plus que la demande en mariage, nos fiançailles qui marquent notre histoire. En effet, son papa était encore avec nous, et nous avions pu fêter ce bel engagement en famille. La demande en mariage n’a fait qu’officialiser ce premier temps.

Quel a été le souvenir le plus marquant de votre histoire d’amour.
Notre fête de fiançailles en 1991 reste inscrite à jamais dans mon cœur. Un déjeuner entre nos familles respectives avait été organisé afin que chacun fasse connaissance. Je garde de cet instant le souvenir d’un magnifique moment de partage et de convivialité. L’été suivant ce premier engagement, le papa d’Anne-Sophie avait organisé une semaine durant laquelle il voulait me faire découvrir son univers, mais également en profiter pour me connaître un peu mieux, moi qui allait devenir l’époux de sa fille. A cette occasion, il nous a fait découvrir quelques grandes tables, et m’a vraiment montré en véritable visionnaire le rôle de choix que jouait la gastronomie dans le monde actuel.

Le père d’Anne-Sophie est mort juste avant votre mariage…
D.S. Oui, nous nous sommes mariés en avril 1993 et son père est décédé quelques mois avant, en septembre 1992, assez brutalement, suite à une rupture d’anévrisme.

Il me semble que vous êtes très impliqué dans l’entreprise ?
Oui, c’est vrai ! Si rien ne me prédestinait à cette situation, je suis aujourd’hui à la tête de tout un groupe de restauration, allant du restaurant gastronomique étoilé (une étoile à la Dame de Pic Paris et Londres, deux étoiles au Beau-Rivage Palace de Lausanne, trois étoiles à Valence) à l’école de cuisine (Scook), en passant par une épicerie (L’éPICerie d’Anne-Sophie PIC), un bistrot, mais aussi nos deux Daily Pic, dont le dernier vient d’ouvrir ses portes à Paris, au cœur du nouvel espace qu’est Beaupassage.

Comment tout cela a démarré ?
A notre retour de l’étranger et après notre mariage, nous avons décidé avec Anne-Sophie de prendre en charge le projet de construction de l’hôtel et du bistrot. C’est à cette époque que le restaurant a perdu sa troisième étoile, il fallait donc prendre une décision. Son frère a fait le choix de rendre son tablier. Anne-Sophie et moi-même ne concevions pas de laisser la maison sortir du giron familial, nous avons donc décidé de reprendre le flambeau. C’est alors qu’Anne-Sophie a pris la tête des cuisines. L’entreprise était endettée et certains membres de la brigade qui avaient vu Anne-Sophie en culotte courte avaient quelques difficultés à accepter son autorité. Alors que nous étions tout jeunes, et que nous n’avions pas encore eu l’occasion de faire nos preuves, nous avions 60 à 70 collaborateurs à manager, et nous devions apporter des garanties quant aux investissements.

Difficile de travailler en famille ?
Non, car chacun respecte l’univers de l’autre. Nous gérons des départements différents. Anne-Sophie mène ses équipes et ses créations culinaires et pour ma part, je gère le groupe et le projette dans l’avenir.

Tout semble idyllique…
Ma femme est dans la lumière, je ne cherche pas à l’être et on se fait confiance mutuellement. Je la connais mieux que personne et je ne l’amènerai jamais où elle ne veut pas aller. Elle a eu beaucoup de plaisir à s’installer au Beau-Rivage à Lausanne il y a 10 ans ! Aujourd’hui nous avons ouvert un restaurant « La Dame de Pic » à Paris et un autre à Londres et un autre verra prochainement le jour à Singapour.

Qui de vous deux revient lorsque vous êtes fâchés ?
Anne-Sophie, l’air de rien… en lançant une petite phrase magique, du genre « peut-être que tu as raison ».

Quelle genre de maman est-elle ?
C’est une maman extrêmement attentive. Elle est formidable ! Elle inculque les vraies valeurs de la vie à notre fils Nathan. Ma femme est très présente. Pourtant, elle a souvent tendance à culpabiliser.

Et en trois mots comment pourriez-vous la qualifier en tant qu’épouse?
Très amoureuse, sensible et exigeante, surtout avec elle-même.

A-t-elle des petites manies ou habitudes au quotidien qui vous agacent ?
Elle a une fâcheuse tendance à ne jamais fermer complètement les bocaux qu’elle ouvre ! Juste de façon a vous laisser croire que celui-ci est fermé, alors que ce n’est pas le cas (rires). Dernièrement, c’était le bocal de cornichons qu’elle n’avait pas bien fermé. Vous imaginez la suite …

Qu’aimeriez-vous améliorer chez elle ?
Je rêve qu’elle soit plus sereine, plus détendue. Elle doute tellement. Je sais que cette tendance est propre aux artistes, mais j’aimerais vraiment pouvoir l’aider à s’en défaire, pour lui libérer l’esprit.

Que pourriez-vous ne jamais pardonner ?
Je ne sais que répondre, car je sais qu’elle ne me trahirait jamais. Et c’est réciproque.

Comment imaginez-vous le futur ?
Que notre équilibre entre notre vie professionnelle et familiale demeure. Et bien sûr que nous continuions à faire évoluer l’entreprise. Quand on a 3 étoiles, on doit sans cesse créer et investir.

Un rêve à deux …
Peut-être tout simplement de prendre le temps de fêter nos 25 ans de mariage …

 

Retrouvez cet article dans notre édition Paris Match Suisse

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